L'Ombre
de Venceslao,
généalogie d'un succès
V.L :
Avant votre départ de la Colline, vous aviez dit
quil vous serait très difficile de faire
du théâtre dart en dehors dun lieu
fixe, avec des subventions. Depuis vous êtes retourné
à la compagnie et vous signez une de vos mises
en scène les plus réussies, avec LOmbre
de Venceslao, jouée au théâtre de La Cartoucherie.
De plus, il sagit dune pièce inédite
de Copi. Alors seriez-vous en mesure de donner
les raisons objectives de votre succès ?
J.L : Je crois que
le succès de la pièce ne peut sexpliquer.
Cest pour moi le chapitre de plus dun
livre imaginaire. Les gens peuvent se retrouver
pour des raisons de type artistique, sentimental,
affectif, dans un contexte aussi multiforme que
Paris. Le succès ne dépend pas de lartiste,
cest une circonstance du temps, une coïncidence,
quelque chose qui na rien à voir avec lobjet
théâtral. Je ne veux pas dire par là que la pièce
que jai monté nest est pas intéressante.
Le matériau dramatique est intéressant. Il y a
une coïncidence aussi entre ce que je voulais
faire et les lieux, cest-à-dire lutilisation
de lespace. Jai cherché pendant un
bon moment un lieu. Javais pensé au Cabaret
Sauvage, mais les fonds de la compagnie nétaient
pas suffisants pour louer ce lieu. Alors, il y
a eu un trou dans la programmation de la Cartoucherie
et je me suis glissé là-dedans. Le fait de ne
pas avoir un lieu pour monter un projet est toujours
contraignant. Il ne suffit pas de savoir et de
pouvoir monter un spectacle, encore faut-il quelquun
qui vous accueille.
V.L
:Votre rapport à la mise en scène a-t-il été modifié
par le fait que vous ne soyez plus directeur de
La Colline, mais directeur dune compagnie ?
J.L : Non, pas du tout.
Je travaille toujours avec la même application,
avec mon imaginaire et limaginaire des gens.
En revanche, il y a une géographie différente.
Si vous travaillez à La Colline, vous pouvez diviser
lespace de toutes les manières possibles :
en bi-frontal ou agrandir le plateau, pour
Les Comédies Barbares, par exemple, en rentrant
dans lorchestre ; dans la petite salle
aussi jai joué en bi-frontal, avec Décadence,
mais aussi sur le mur du théâtre, avec des dispositifs
scéniques
.Cest vrai, quun espace
connu donne des repères au spectateur, quil
est bon parfois de dépayser. Ici, à la Tempête,
lespace est complètement déshabillé. Ce
que le public ne sait peut-être pas, cest
que le comédien, lorsquil sort de scène
durant la pièce, va dehors, dans des tentes que
lon a dressées contre le théâtre. Il retourne
dans la nature.
Petits
éléments de dramaturgie
V.L
: Pourquoi justement, avoir décidé de dépouiller
complètement cet espace ?
J.L : Pour lutiliser
comme un lieu plus évocateur. Dhabitude,
le théâtre est habillé de façon à ce que les acteurs
puissent se déplacer de la cour au jardin. Ici,
tout est à vue, non ?
V.L
: Vous semblez privilégier lépure. Pourquoi
est-ce si important que les murs soient à vif ?
J.L : Je pense que lespace
vide cest un peu comme une page en blanc
sur laquelle on peut écrire tout ce que lon
veut. Cest bien lorsquon peut remplir
et dégager. Cest pour cela que jai
opté pour des objets qui, selon la situation occuperaient
lespace et que lon pourraient accrocher
contre les murs de façon à créer un décalage entre
la réalité et le théâtre, décalage qui existe
dans le texte déjà à ce niveau-là. Cest
une pampa de rêves, dont Copi parle, ce nest
pas la réalité. Les personnages de Copi sont des
personnages errants qui pourraient tout aussi
bien se retrouver en Sibérie quen territoire
argentin. Même s'il est vrai qu'il y a quand même
en jeu une restitution de la mémoire. Et par rapport
à ce décalage qui existe entre les comportements
et les lieux de laction, il ma semblé
que lutilisation du lieu, des espaces était
plus intéressante quand elle était un peu au dessus,
au dessous ou à côté du réel. Une chaise est une
chaise, mais ce nest pas la même chose de
laccrocher au mur que de la voir occupant
une partie de lespace.
V.L
: Et en même temps, ce rapport à lespace
entraîne une accélération du rythme, un élan convulsif,
puisque ces objets, on les prend, on les soulève,
on les plie, on les suspend, ce qui oblige à la
création simultanée dun autre espace à exploiter,
dans un rythme plus tonique, plus vif.
J.L : Lutilisation
de lénergie est un élément important. Ici,
lespace est très grand. Entre le premier
rang et le fond de la scène, il y a vingt-cinq
mètres, ce qui nest pas banal. Larchitecture
décide aussi beaucoup des options de la mise en
scène. Ici, il y a les arches. La Cartoucherie
était un ancien lieu où lon fabriquait des
explosifs
Ces arches créent des espaces qui
donnent envie qu'on les exploite lors de certaines
situations. Ainsi, lorsque deux personnages doivent,
dans le texte, sabriter sous un figuier,
lidée, cest de ne pas mettre un figuier,
mais des tables, sur lesquelles ils montent, de
manière à donner lillusion quils sabritent
sous un pont. Dailleurs, cest là que
Venceslao se pendra. Quand on est au dessus du
sol, que ce soit à cinquante centimètres ou à
dix mètres, on est déjà plus dans la réalité.
On est entre ciel et terre. On ne se balade jamais
en hauteur dans la vie. Du coup cela ouvre, chez
celui qui regarde, un nouveau champ pour l'imaginaire.
A votre avis, Venceslao revenant à la fin de la
pièce, après sêtre suicidé sous un arbre
justement, éclaire-t-il dune lumière pessimiste
luvre de Copi ?
Ce qui me semble intéressant, cest que dans
les pièces de Copi on passe beaucoup à travers
la mort. Dans Les quatre jumelles, toutes
sentre-tuent et finissent quand même par
dialoguer au-delà de la mort. Elles passent à
travers la mort, comme si la mort nétait
quune figure de théâtre. Ce qui est intriguant
dans cette pièce de Copi, cest que le personnage
est mort et il revient comme pour soulever une
question très étrangère à Copi qui nétait
pas croyant, un interrogation presque chrétienne,
inédite dans la production de Copi : la question
de la réincarnation. Cest une scène quil
a rajoutée.
Copi
: un théâtre de résistance ?
V.L :
Quand on sait que cette pièce se construit sur
un arrière-fond fascisant, le régime de Péron ,
peut-on considérer quil sagit dune
pièce de résistance ? Ce qui pourrait dailleurs
éclairer dune autre manière le retour de
Venceslao après sa mort ?
J.L : Cest une
bonne question. Car je parlais de la reconstitution
de la mémoire dans la mesure où Copi vivait à
Buenos Aires jusquen 58. Ce coup détat
de 55 qui était la chute du gouvernement péroniste,
il la vécu en direct. Donc, il en reste
quelque chose dans sa pièce. En même temps, ce
nétait pas la pire des périodes. Bien sûr
cétait une période où on a persécuté des
gens à cause de leurs idées, mais cétait
pourtant un gouvernement démocratique, élu. Cétait
simplement labus de pouvoir, le populisme,
la non acceptation pratique de la démocratie.
Copi fait référence à ce coup détat, mais
ce nest rien par rapport à ce qui est arrivé
plus tard. Vous parliez de résistance. Je crois
que la résistance artistique cest la liberté.
Cest la raison pour laquelle jaime
le théâtre de Copi. Cest un théâtre irrécupérable.
Ce nest pas un théâtre qui fait plaisir
aux bourgeois. En somme, tout ce quil ne
faut pas faire au théâtre est fait dans ses pièces.
On parle comme il est inacceptable de parler sur
une scène de théâtre. Ici, on parle comme on pense.
V.L :
Et en même temps, cest une pièce extrêmement
construite, dabord parce quil existe
une succession de tableaux qui rappellent dailleurs
les chroniques du Moyen-Age, telles quon
les retrouve aussi dans les Onze Fioretti
de Saint François dAssise de Rosselini :
tableaux dune naïveté extrême sur fond mystique.
Vous jouez aussi de ce mélange entre naïveté et
cruauté, réalité et invraisemblance. Ensuite et
parallèlement à cette progression extrêmement
construite, on a deux clans, celui des parents
libres et face à eux la génération des enfants
dégénérés qui ne songent quà parvenir. Il
y a là me semble-t-il un théâtre engagé qui sélabore
et que vous avez mis en valeur.
J.L : Effectivement,
il y a des arrière-plans. Il ne sagit pas
là de reconstitution historique. Mais en même
temps, malgré la naïveté et les outrances, ce
qui est en jeu cest la lutte contre la nature,
dans la sauvagerie de la pampa. Malgré lironie
évidente, ce sont autant dindices qui permettent
de dire quil est en train de parler dune
époque et pas dune autre.
V.L
: Sous des dehors de farce, cest finalement
une pièce teintée de pessimisme.
J.L : Oui, mais qui a une
vitalité énorme, une tonicité quavait Copi.
Le fait dêtre pessimiste cest peut-être
aussi une manière de reconnaître que la mort est
plus forte que la vie.
Le
pessimisme, d'accord
mais la liberté
avant tout !
V.L
: A propos de tonicité, vous avez valorisé la
musique. Or, vous naimez pas lanecdotique
et le pur divertissement au théâtre. Quelle est
donc la part que vous accordez à la musique dans
votre mise en scène ?
De nombreux passages musicaux
sont déjà inscrits dans la pièce. Cest drôle,
mais cest cette partie de la mémoire dont
je parle. Ces deux chanteuses qui sopposent
dans la pièce, à travers les goût de cette jeune
fille qui vit dans son petit village au milieu
de la pampa et qui par la radio sent ce qui se
passe à Buenos Aires, à travers ces airs de tango
qui figurent des styles différents. Les paroles
de ces chansons sont dun pessimisme absolu
mais dit avec une très grande liberté : " je
fais ce quil me plaît, le reste je men
fous ". Ce sont des paroles anarchistes
presque dans la bouche de cette femme, qui chante
en plus dune manière extrêmement populaire.
Copi a inscrit ces mots dans son texte. La musique,
la radio signifient le contact avec la civilisation,
la culture. Jai trouvé cet usage très juste.
Maintenant on utilise la télé. Dans ces immenses
territoires, régions les plus fertiles du monde
d'ailleurs, la radio est le seul lien avec l'ailleurs.
V.L
:A ce propos, il me semble que Copi développe
une réflexion très ample sur le rapport nature-culture
dans cette pièce. Est-ce une problématique que
l'on retrouve ailleurs dans ses pièces? Les hommes
sont pour une bonne part dégénérés, il y a des
animaux que l'on fait passer pour des êtres humains
Le
recours au bestiaire est-il récurrent chez Copi
?
J.L : Oui. Il a fait pendant
dix ans La Femme assise, qui parlait toujours
avec un animal, rarement avec un homme. La première
pièce de lui, c'était La journée d'une rêveuse,
dans laquelle les hommes étaient des oiseaux.
Ils passaient dans les branches et apportaient
des messages comme des facteurs. Cette succession
d'hommes-oiseaux, c'est une façon très féminine
de voir la vie, de voir passer le temps. Mais
ce n'étaient pas véritablement des animaux, comme
dans L'ombre de Venceslao, où un singe
est un singe et un perroquet un perroquet, même
s'il est aussi un peu la mémoire.
V.L
: Ce perroquet, il porte la vérité. Il ne triche
pas. Et contrairement aux perroquets habituels
qui ne font que répéter des paroles, lui, il semble
inventer des formules, vraies, justes, inattendues
J.L : Oui, et en même temps,
il est un peu machiste
il prend toujours
partie pour Venceslao!
La
provocation selon Lavelli
V.L
: J'imagine que votre goût pour le théâtre de
provocation est comblé par cette pièce. Pourriez-vous
me donner votre définition de la provocation ?
J.L : Pour moi, il y a peu
de choses qui sont provocantes. Le sexe, peut-être,
reste le plus tabou, même dans une civilisation
qui pense avoir dépassé ce problème et qui regarde
des films pornos à la télé
un peu en cachette
quand même, qui parle de sexe, (peut-être moins
maintenant qu'il y a vingt ans), mais avec liberté
le
sexe reste tout de même la chose la plus mystérieuse.
Ici, finalement le sexe n'est pas si important,
même si les personnages ont une vie sexuelle primitive,
au premier degré, ils sont marqués par la sentimentalité.
V.L
: Pourtant, vous provoquez par ce biais le spectateur,
puisque vous osez montrer, et ce n'est pas si
courant, une scène d'amour sur scène, très réaliste
et qui dure. Pornographie
scatologie aussi
: vous n'hésitez pas non plus à montrer un homme
en train de se vider littéralement au dessus de
toilettes "à la turque".
J.L : Cela a une réalité,
certes, mais une réalité théâtrale. Cela devient
pour moi, comme le monde de la pensée. Il est
presque impossible de dire des choses de cet ordre
habituellement. Mais moi, je dis ce qui est écrit.
Et ce qui est écrit ne doit pas devenir abstrait,
sinon cela devient un théâtre pour intellectuels,
non ? En réalité, on est en train de parler d'une
sexualité primitive.
V.L
: Ce retour au primitivisme est-il une manière
de combattre les idées reçues ?
J.L : Oui, je crois que
c'est une manière de combattre le bon confort,
les idées bourgeoises, le bon goût qui tue le
théâtre
le théâtre est tué par le bon goût
et par l'esthétisme. L'esthétisme consiste à dire
"c'est beau". Mais la beauté qui n'a
pas de sens, ce n'est rien, c'est de la forme.
Et je trouve que le théâtre meurt de ça. Il meurt
du manque de force, du manque de provocation justement.
La provocation véritable est intellectuelle. Elle
consiste à pousser les gens à se poser les véritables
questions à partir de leur vie à eux, de leur
imaginaire, de leur histoire
ici, en France,
à Paris. Nous ne sommes pas en train de reconstituer
l'histoire de l'Argentine légendaire des années
cinquante. Finalement en s'en moque. Ce qui importe
c'est l'écart de cet histoire par rapport à ce
que l'on est en train de vivre. Quoi que l'on
fasse, il y a toujours un rapport entre la vie
des êtres, entre des manières de sentir la vie.
Eveiller l'esprit, créer un malaise
V.L
: Vous vous sentez en lutte, vous avez l'impression
d'avoir une démarche politique lorsque vous créez
?
J.L :Oui, j'ai toujours
eu ce sentiment. Quelles que soient les pièces
et les lieux où je les ai montées. Je crois que
cela a un rapport avec la liberté. Parfois la
pression d'un certain milieu peut être trop forte.
Et on se rend compte, avec du recul, qu'on en
a été victime. L'année dernière j'ai monté Pelléas
et Melissandre à Buenos Aires. Vingt ans plus
tôt je l'avais monté à Paris et j'avais eu une
pression immense, car les héritiers de Debussy
ne voulaient pas que ce soit moi qui fasse la
mise en scène. Ils disaient que je n'avais rien
à voir avec ça. Et Rolf Libermann a dit : "Ou
c'est Lavelli ou je l'annule". Quand on se
sait observé on peut se sentir ceinturé et réfléchir
par trois fois à ce que l'on aurait voulu montrer
de façon plus spontanée.
V.L
: Où pensez-vous aujourd'hui qu'il y aurait urgence
à faire du théâtre ?
J.L : Peut-être partout
! Il faut juste savoir à quoi ça sert de faire
du théâtre. Je crois qu'aujourd'hui le théâtre
peut trouver une utilité, par rapport au fait
que la télé et tout le reste a pris une place
immense. Et la place qui demeure pour le théâtre
est tellement petite
Pourtant, si elle
correspond à un minorité, c'est une minorité agissante.
Et c'est peut-être une opportunité pour le théâtre,
d'avoir à mener un combat qui n'utilise pas les
mêmes armes. Il faut juste savoir ce qu'on fait
et pourquoi. Mais je trouve quand même que ce
n'est pas une très bonne période pour le théâtre.
V.L
:Depuis que vous avez remporté le Grand concours
des Jeunes Compagnies en 1963, votre rapport au
théâtre s'est-il essentiellement transformé ?
J.L : Il a évolué, mais
pas essentiellement changé. Je pense exactement
la même chose que lorsque j'étais à Buenos Aires.
Bien sûr la différence est énorme entre le monde
du théâtre européen et particulièrement français,
où le théâtre est une activité considérée, appuyée
par l'Etat, où les gens se mettent en grève s'ils
n'ont pas assez d'argent, chose qui n'existe pas
en Argentine, où tout est fait avec son propre
fort. Les gens font du théâtre comme vous votre
revue, sans demander de l'argent à qui que ce
soit. Ce sont d'autres critères qui peut-être
permettent de développer une autre réflexion.
On discutent entre gens de théâtre beaucoup de
l'éthique du théâtre. Alors qu'ici, on fait du
théâtre, mais le lendemain on peut faire de la
télé ou de la pub
Peu savent vraiment pourquoi
ils font du théâtre.
Faire
du "méchant théâtre"
V.L
: Pourquoi aviez-vous décidé d'appeler votre compagnie
Le Méchant Théâtre ?
J.L : Parce que ce n'est
pas du "bon" théâtre, ce n'est pas du
théâtre rassurant. Cette compagnie, je l'ai créée
en 1985. Mais on n'a pas eu d'argent. On était
en attente de fond. Finalement on a reçu un million
de francs pour monter la dernière pièce de Copi.
Et puis, j'ai été nommé au théâtre de la Colline
et cet argent est passé au théâtre de la Colline.
Beaucoup de gens ont cru que je multipliais les
pains et que j'avais plus de subventions. Mais
ce n'est pas vrai. J'avais cette réserve qui est
passée sur la petite salle.
V.L
: Quel va être l'avenir de ce spectacle L'ombre
de Venceslao ?
J.L : Que peut devenir cette
pièce ? Après un an et demi de travail, finalement
très peu de gens l'auront vue, car La Tempête
est un très petit théâtre. En même temps, je vois
mal comment on peut "tourner" cette
pièce. Dans d'autres espaces, on risque le compromis.
Il y aurait peut-être le Festival d'Avignon
Les
acteurs en tout cas, sont très disponibles.
On ne peut pas déplacer ce spectacle dans n'importe
quel lieu, comme dans un squat par exemple, car
cela demande beaucoup d'argent. Il faudrait tout
aménager. L'ombre de Venceslao, c'est une
régie des plus complexes que j'ai réalisée sur
une pièce. Le son se déplace en permanence sur
la scène. Il y a de très nombreux niveaux sonores.
La plupart des haut-parleurs ont été empruntés
même
chose pour les éclairages. Ce n'est pas un luxe
d'avoir un espace à soi
On ne se rend pas
compte combien la technique est importante. Sinon
on arrive très vite à un théâtre de grand-papa
et on s'endort.
V.L
: Rassurez-vous, ce n'est absolument pas l'impression
que l'on a lorsqu'on regarde votre pièce. On a
au contraire l'impression que les acteurs sont
électrifiés et liés entre eux par un rythme très
harmonieux. Quel impératif vous a conduit dans
votre direction d'acteurs ?
J.L : Ce n'est pas un théâtre
littéraire. Il faut juste représenter ce qui arrive
à ces personnages. Tout est basé sur leur duplicité.
Il n'y a pas de continuité psychologique. Parfois,
dans le théâtre bourgeois, lorsqu'un personnage
entre en scène, on sait déjà tout ce qu'il va
dire et même on peut deviner quel est le journal
que lit l'acteur qui joue, tellement tout est
transparent
Ici, c'est le contraire que l'on
recherche. La jeune fille qui tue sa mère, puis
son enfant, et finit par tuer son mari, c'est
comme une Loulou, mais en beaucoup plus macabre.
V.L
: Ce qui est terrifiant, dans ce personnage, c'est
sa naïveté même.
J.L : Oui, c'est ça. Elle
ne joue pas le couteau entre les dents, mais quand
même
A tout moment, le personnage peut avoir
plusieurs réactions et c'est très important de
travailler dans ce sens. Pousser les acteurs à
réaliser les choses qui ne sont pas écrites. Parce
que c'est un théâtre libre.
V.L
: Tout est libre et en même temps tout est piégé.
J.L : Oui, ça ne peut pas
être banal.
Propos
recueillis par Virginie
Lachaise
chronique
de la pièce
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