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Dan
Jemmet, pataphysiquement vôtre
La
trentaine, doté d'un irrésistible accent anglais, Dan
Jemmet réussit sa percée en France en proposant au Théâtre
de la Cité Internationale, un Ubu tonitruant qui remporte
un vif succès. Attendez-vous à entendre parler de lui
dans les mois à venir. Il n'a d'autres projets que de
mettre en scène avec sa femme, Irina Brook (la fille
de Peter), La Flûte enchantée en Hollande, puis La nuit
des rois à Lausanne, Hamlet, problablement dans un grand
théâtre parisien et un spectacle de marionnettes dans
le cadre du festival de Charleville-Mézière…
Fluctuat.net
:
Vous aviez déjà monté Ubu en anglais. Qui vous a poussé
à en proposer ensuite la version française ? Quelles
sont les différences entre les deux mises en scène ?
Dan
Jemmet : C'est presque la même chose. J'ai fini
Ubu en Angleterre il y a trois ans maintenant et j'ai
pris la décision de venir vivre en France. J'ai eu l'occasion
de monter la version en anglais à Bobigny. Il s'agissait
d'inviter des gens pour démarrer ici. Là, un producteur
indépendant, Philippe Slöbel est venu et a eu envie
d'essayer de prendre le spectacle tel quel en anglais
et d'organiser une tournée. Mais ce n'était pas possible
pour des questions diverses. Alors on a décidé de tourner
la version française.
Fluctuat.net
:
Avec les mêmes acteurs ?
Non,
des acteurs français.
Fluctuat.net
: Pourquoi
avoir décidé d'introduire le texte de Gary Stevens au
cœur de la pièce de Jarry ?
Dan
Jemmet : Parce que c'est comme ça que je travaille,
par collage, découpage… J'aime prendre les textes et
essayer de faire quelque chose autour.
Fluctuat.net
:
J'imagine
que ce n'est pas exclusivement pour des considérations
d'ordre gastronomique, comme le prétend le personnage
du Compère, que vous avez décidé de proposer une version
réduite de la pièce, dans la mesure où les deux tiers
des protagonistes ne sont pas incarnés par des acteurs,
mais par des objets manipulés. Vous vous contentez de
trois acteurs. Comment justifiez-vous ce choix radical
?
Dan
Jemmet : J'aime beaucoup les textes qui sont
impossibles à mettre en scène et qui se présentent comme
un défi. Quand on lit Ubu Roi, il faut commencer par
se dire que c'est impossible de le monter. On peut avoir
la même réaction avec Hamlet. Dans Ubu, s'il est impossible
de voir l'armée polonaise se mettre en marche, alors
qu'est-ce qu'on fait ? J'essaie de travailler sans
logique. Je ne veux pas penser que j'aurais besoin d'un
comédien qui incarne le Duc comme ça et un chien qui
devra aller dans telle ou telle direction. Et puis,
les objets au théâtre m'intéressent beaucoup, et la
possibilité d'animer les choses. J'ai fait des spectacles
en Angleterre, de marionnettes, avec Punch and Judy.
C'est un peu comme Guignol, mais en plus violent. On
tient les grandes marionnettes à la main. Et Punch tue
tout le monde…c'est un spectacle pour les enfants. Il
faut dire que c'est dans la vieille tradition anglaise.
J'ai fait ce spectacle il y a dix ans, et en même temps
j'ai lu Ubu. Je m'étais dit que ce serait intéressant
de mêler les deux univers.
Fluctuat.net
:
Mais
alors pourquoi avoir décidé de rayer, avec Ubu, la marionnette
et avoir choisi de faire jouer des acteurs comme des
marionnettes ?
Dan
Jemmet : Je ne sais pas. J'ai peut-être été pris
par l'idée que quelqu'un a créé ces monstres et qu'ils
existent vraiment, dans la tête du personnage Compère.
Et puis, je voulais faire quelque chose de théâtral,
dans la tradition des comédiens de la Commedia. Mes
parents étaient acteurs. Je voulais créer quelque chose
de "pauvre" et dans le vieux style. Je voulais opérer
un mélange de tout ce qui fait le théâtre de tradition.
Comme des acteurs qui joueraient avec passion leur rôle
et qui se diraient en même temps : "Mais quand
même, c'est pas terrible".
Fluctuat.net
:
Et
en même temps, il y a la tradition de ce théâtre dans
le théâtre dans laquelle vous vous retrouvez puisque
vous inscrivez sur le plateau un castelet géant, tout
en convoquant le texte de Jarry : De l'inutilité du
théâtre au théâtre. Y a-t-il finalement une réelle contradiction
entre ces deux idées ?
Dan Jemmet : Je ne me suis
pas posé de questions théoriques de ce genre. Je ne
voulais pas dire quelque chose sur le théâtre. Je ne
travaille pas avec des idées, je cherche des formes,
les structures, les personnages et s'il y a une logique,
c'est une logique des personnages et non quelque chose
que j'ai interprété à l'avance. Quand je regarde le
spectacle maintenant, il y a quelque chose qui m'échappe.
Je ne comprends pas qui est ce personnage (le compère)
et ce qu'il fait.
Fluctuat.net
:
Vous
disiez ne pas savoir exactement pourquoi vous aviez
fait le choix des acteurs plutôt que celui des marionnettes.
Pourtant, le fait de placer des êtres de chair dans
un castelet, où ils vont être enserrés dans un espace
extrêmement réduit et qui les contraint, tout cela contribue
à l'accroissement de l'intensité dramatique.
Fluctuat.net
:
C'est
vrai. Car si j'avais fait la même chose avec des marionnettes,
le Compère aurait pu rentrer dans le castelet et jouer
lui-même. Alors que là, le public peut profiter du rapport
plus humain et plus troublant entre Compère et Père
et Mère Ubu. Il y a des moments où l'on peut même dire
que Compère est Ubu. Il y a un échange entre les deux
mondes.
>>lire la suite de
l'entretien
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