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[l'homme et la machine]
Histoire naturelle de l'esprit
(suite et fin)

Agnès de Cailleux a conçu, pour Jean-François Peyret et la compagnie TF2, un site qui compile les parcours des membres de la compagnie, des extraits filmés des répétitions et les textes (partitions) qui ont servi de base de travail à Jean-François Peyret et à ses comédiens. Nous avons posé à Agnès de Cailleux quelques questions concernant les étranges rapports du théâtre et du multimédia. Affaire à suivre...

site de la compagnie TF2

site de la compagnie TF2

>>Lire aussi :
Histoire naturelle de l'esprit (suite et fin) : la chronique

Interview de Jean-François Peyret, metteur en scène


Fluctuat
:
Outre le site de la compagnie Jean-François Peyret, vous avez imaginé et réalisé un parcours multimédia autour de textes de Bernard-Marie Koltès (12 notes, sélectionné par le jury Imagina/Fifi).
Comment en êtes-vous venue à travailler sur ce sujet ?

Agnès de Cailleux : Douze notes prises au nord de Bernard-Marie Koltès est un texte à aimer. Nous l'avons envisagé aussi comme un matériau premier capable de nous mener vers une écriture multiple. Cet écrit échappe véritablement à une dictature de la narration linéaire, et nous invite à déposer sur l'écran une écriture autre.

F : Ce dernier volet de l'Histoire Naturelle de l'esprit s'intéresse aux rapports homme-machine. A quel point la mise en abyme numérique que vous proposez sur le site participe-t-elle à la logique de cette pièce ?

A.C. : Le projet du site de la compagnie TF2 est né de la volonté du metteur en scène Jean-François Peyret et de son dramaturge, Nicolas Bigards, d'offrir à l'internaute un geste analogue à celui du travail de répétitions. C'est un premier trajet, un simple témoignage dont la mise en abyme numérique dévoile avant tout l'appartenance d'une personnalité de théâtre à ce questionnement homme-machine. Je crois que Jean-François Peyret aime la machine et que tout naturellement il s'en entoure.

F : Comment l'installation a-t-elle fonctionné lors des répétitions ?

A.C. : Techniquement, nous nous sommes équipés d'une caméra numérique, d'un scanner, d'un lecteur minidisc, de la machine et de quelques périphériques et accessoires. Nous avons filmé, photographié ou enregistré une grande partie du travail. Chaque jour aussi Jean-François Peyret a apporté une nouvelle partition textuelle. Tout ceci constitue un matériau brut assez important à partir duquel nous avons dû choisir, en temps parfois quasi réel, des extraits, des morceaux, des passages. Le travail imparti aux retouches, aux compressions des sources s'est élaboré soit immédiatement, soit hors répétitions.

F : Comment les comédiens ont-ils réagi par rapport à "l'intrusion" du multimédia sur la scène ?

A.C. : Les comédiens sont accompagnés pendant le spectacle d'images filmées en temps réel. Les ordinateurs, les caméras et les "écrans" qui servent à ce travail sont présents sur le plateau. Les comédiens ont ici un premier rapport privilégié et sensible à la machine. Nous sommes restés très discrets et très silencieux quant à la fabrication de ce site. Les comédiens se sont intéressés peu à peu et différemment à ce travail. Certains ont fait leurs premiers pas sur la toile aussi.

F : Contrairement à la littérature, qui a très vite trouvé sa place sur le réseau, les expériences menées sur le théâtre restent souvent théoriques. Est-il illusoire de vouloir porter directement le matériau théâtral sur un écran d'ordinateur ?

A.C. : Il est possible de porter un matériau théâtral en cours de construction sur un écran d'ordinateur, cet acte demeure celui d'un partage d'une recherche en cours. Mais l'écran ne peut pas se substituer à la scène théâtrale. Ce qu'il est possible et non illusoire de mettre en œuvre, et le titre Ève de Peter Gabriel nous le démontre, c'est une scène autre qui instaure entre l'espace onirique offert et l'utilisateur de l'ordinateur un rapport intime de lecteur-spectateur actif. L'écran devient ici le support d'une scène authentique, dont la forme dévoilée n'est pas le théâtre.

F : Nous avions pensé un moment réaliser cette interview par chat. L'instantanéité des canaux IRC est un peu à double tranchant, puisqu'elle repose en partie sur la vitesse de frappe des protagonistes. Pensez-vous néanmoins que le chat (notamment le chat en 3D) puisse être une piste pour une forme de théâtre adaptée au web ?

A.C. : Je pense que le théâtre peut mourir, comme toute forme vivante. Je pense aussi que le comédien a un corps non artificiel. Je pense que si une nouvelle forme d'art émerge grâce aux nouveaux outils, il faut la définir, l'énoncer, la questionner, la revendiquer, l'expérimenter et y participer.

propos recueillis par e.mail, le 28.02.00

Histoire naturelle de l'esprit (suite et fin)
Théâtre National de Bretagne, Rennes
Du 29 février au 11 mars 2000 - mardi, jeudi et vendredi à 20h00, mercredi et samedi à 19h00 Salle Serreau TNB - 1, rue St Hélier - réservations : 02 99 31 12 31.
A partir du 14 mars à la MC93, Bobigny.

 

 


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