|
A
l'origine de cette pièce, il y a l'idée de Arne Sierens
d'entreprendre un travail autour du Crime et Châtiment
de Dostoïevski, des personnages qui le peuplent, de
ce que Bresson aussi a pu en tirer avec son Pickpocket,
des enjeux sociaux que ces deux oeuvres monumentales
ont pu soulever. Il s'agissait de transposer, bien sûr,
de passer au crible de la Belgique d'aujourd'hui, du
théâtre d'aujourd'hui, pour finalement ne conserver
de l'inspiration initiale que des personnages, des bribes
d'intrigues, de comportements, refondus dans un nouvel
objet théâtral.
Dès le début de Pas tous les marocains sont des voleurs
(l'approximation gramaticale provient du parler populaire
belge), on s'aperçoit immédiatement du glissement effectué
et avant même que la pièce ne commence, pendant que
sur la scène s'échauffe une boxeuse blondinette sur-maquillée,
on sait déjà qu'il ne sera pas là question d'adaptation
littérale mais bien d'une farce sociale, à la limite
d'un second degré indéfinissable dont seule la Belgique
possède le secret.
Mélangeant
comédiens professionnels et amateurs sans qu'il soit
possible de distinguer lesquels sont lesquels, Arne
Sierens brouille donc les pistes d'emblée, ramène l'art
théâtral au niveau de la MJC pour mieux servir l'intérêt
social de son propos.
On
va donc suivre les petites histoires de ces petites
gens, combattants pour la gloire dans un club de boxe
anachronique où délinquants et policiers se conseillent
mutuellement autour d'un ring. "Même si j'avais des
preuves, dit le policier à la petite voleuse, en Belgique,
on ne peut rien contre celui qui vole sa propre famille.
Je te dis juste que c'est mal."
Et
le ton sera le même tout le temps, preuve ou pas, parce
qu'il faut se serrer les coudes par ici, flics ou voyous,
qu'est-ce que ça change ? On les verra tous ramer
dans la même galère et faire de petites victoires des
grandes fêtes, partager tout, des anecdotes aux deuils,
jusqu'à effacer totalement tous les repères sociétaux
et religieux, se les approprier, en témoigner, et finalement
admettre que tout ça n'a que très peu d'importance parce
que vendredi, on affronte Charleroi !
Souvent,
la mayonnaise prend dans cette pièce déglinguée. De
plus en plus, on se prend vraiment d'affection pour
la galerie de portraits attachants, et souvent aussi,
on est heureux avec eux, ou on est ému avec eux, malgré
les gags du texte qui tombent à l'eau parce qu'ils sont
(volontairement ?) mal joués, mais on fait ce qu'on
peut, vous savez ?
On
pourra bien sûr reprocher au metteur en scène de faire
dans la facilité, parce qu'il est plus simple de faire
semblant de mal jouer que de jouer à la perfection,
mais on ne peut que pardonner à ces figures en perpetuelle
quête d'eux-mêmes, à ces silhouettes improbables qui
hantent la scène et nous ramènent à notre propre misère.
Dans
les points faibles, on citera quand même des passages
dansés (sur du Kim Wilde, si, si !) un peu trop longs,
comme s'ils étaient là pour céder à la hype ambiante
qui veut qu'une pièce de théâtre jouée après 2000 comporte
inévitablement son quota de passages festifs matraqué
à coups de BPM à fond les ballons. Personnellement,
ça me gonfle, mais puisque c'est la norme, on va pas
leur reprocher de faire cette petite concession aux
critiques parisiens qui boudent s'ils n'ont pas un avant-gout
des Bains Douches vers lesquels ils se dirigeront juste
après...
Troudair
Théâtre
de la Bastille
Page
du Festival des Arts de la scène
Réagissez à cette chronique sur le forum
de Flu.
---
|
|
Pas tous les marocains sont des voleurs - Mise
en scène : Arne Sierens - Avec Zouzou Ben Chikha, Johan
Dehollander, Didier de Neck, Aciha Lamarti, Ini Massez,
An Miller, Dahlia Pessemiers et Mourade Zeguendi - Musique
: Dominique Powels - Décors : Guido Vrolix - Costumes
: Pynoo Lumière : Harry Cole - Production : Hetpaleis
& Das Theater en coproduction avec Nieupoorttheater/gand,
Rotterdam 2001 & Rotterdamse Schouwburg et Kunsten Festival
des Arts/Bruxelles - Réalisation : Théâtre de la Bastille
du
mardi 08 janvier au samedi 26 janvier (relâche dimanche
et lundi) à 21H
Théâtre
de la Bastille 76, rue de la Roquette 75011 Paris 01-43-57-42-14
---
|