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En filant la métaphore marine, le programme de
cette Tempête "mise en vent"
par Vinciane Regattieri tend les verges au critique
paresseux. Autant se débarrasser tout de suite
des jeux de mots douteux donc, en disant que ce spectacle
est (rayer les mentions inutiles) : un naufrage/un bouillon
ou bien qu'il : prend l'eau/coule à pic/touche
le fond.
Un Shakespeare,
certes, mais mécanique et désincarné,
laborieux et peine-à-jouir : de même que
dans un porno il manque souvent le principal, le désir
et le plaisir, de même cette mise en scène
est dénuée de toute magie, celle qui naît
de l'incarnation d'un texte par des acteurs, celle-là
même qu'est censé nous procurer le spectacle
dit "vivant".
Le problème
est que Vincianne Regattieri n'a fait confiance ni au
texte de Shakespeare ni à ses comédiens
pour le porter, préférant s'appuyer sur
les béquilles d'un mauvais arsenal de farces
et attrapes. La Tempête n'est ici qu'un
prétexte à un délire pyrotechnique
et sonore, à un festival d'effets (de régie,
de mise en scène, de jeu) digne du pire Barnum.
C'est Shakespeare version Luna Park. Hop, un tour de
train fantôme ! Allez, rendez-vous sur le Grand
Huit ! Burp, trop de pomme d'amour et de barbe à
papa.
La Tempête
est certes une pièce qui peut pousser à
l'excès : on se rappelle notamment de la version
filmique boursouflée qu'en a donnée Peter
Greenaway (Prospero's books), qui entremêlait
le texte et l'image, multipliait les points de vue et
les niveaux de lecture, les incrustations et les effets
vidéo. Mais Greenaway, tout cinéaste qu'il
était, avait au moins le mérite de respecter
le texte. Peter Brook lui, avoue toujours hésiter
à changer le moindre mot aux textes de Shakespeare,
de peur de perdre quelque chose.
Scrupule
qui n'a pas étouffé l'équipe de
Vincianne Regattieri. Ils sont pas moins de trois Docteurs
Frankenstein (Moreau ? Folamour ? Maboul ?) à
s'être penchés sur le cadavre de Shakespeare,
dans une séance de charcuterie en gros qu'on
imagine joyeuse. Dans cette version le texte original
ne subsiste plus qu'à l'état de lambeau,
citation ou clin d'il. C'est l'équivalent
littéraire, pour reprendre la métaphore
marine, d'un bâtonnet de surimi ou d'une croquette
Captain Igloo : ça ne ressemble plus à
grand-chose, mais au moins les enfants adorent.
Nous apprenons
ainsi au débotté que "Nous sommes
fait de l'étoffe dont les rêves sont faits",
certes, mais aussi, plus surprenant, qu'il s'agit "d'une
histoire pleine de bruits et de fureur, racontée
par un idiot et qui ne signifie rien". Ah bon.
Pour le reste les comédiens s'apostrophent à
coup de ta gueule et autre dégage,
se traitent de tantouse ou de clébard.
Ariel parle comme dans du Jean Tardieu ("Plaisirifier
mon maître est ce qui m'astique le plus")
et les autres personnages mêlent, gag d'une affolante
nouveauté, français et anglais ("Don't
remuer la couteau dans le plaie !").
Bon, n'en
jetons plus. A qui profite le crime, se demande-t-on
dans ces cas-là ?
Evidemment,
une "jeune compagnie" qui s'attaque au "grand
Shakespeare" avec "une insolence jubilatoire"
(on résume l'argumentaire médiatique),
ça se vendra toujours mieux qu'un projet plus
original, sans parler même d'un texte contemporain.
C'est ce que le public demande, nous répond-on
dans ces cas-là. Bon. Bien fait pour lui, alors.
Vital
Philippot
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de Flu.
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La
Tempête
De et/ou d'après William Shakespeare
Mise en scène : Vincianne Regattieri
Adaptation et dramaturgie : Bastien Ossart, Anne Auchatraire
et Vincianne Regattieri
Avec : Alexandre Bonstein, Eric Chantelauze, Frédéric
Chevaux, Victor Costa, Isabel Cramaro, Alexandra Gonin,
Hubert Helleu, Delphine Labey, Lauri Lupi, Bastien Ossart,
Monika Regattieri
Du mardi au samedi à 20h30, matinée le
samedi à 16 h 00
au Théâtre Sylvia Monfort, 106, rue Brancion,
75015 Paris. Location : 01 56 08 33 88
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