|
"Nos nuits auront raison de nos jours"
Une
jeune compagnie de la Rochelle, la Compagnie du Soleil
Bleu investit les planches de la MC 93 avec, excusez
du peu, deux pièces de Shakespeare, "Le
Songe d'une nuit d'été" et "Othello".
Deux oeuvres à la tonalité radicalement
opposée, le merveilleux et la sanguinaire jalousie,
la bouffonnerie féerique et la passion tragique.
D'où vient cet intérêt soudain pour
faire présenter en alternance des pièces
jouées par une même troupe ? Serait-ce
une mode institutionnelle : hors du "dyptique"
point de salut ? Quelle étonnante politique lorsqu'on
songe à la difficulté que rencontrent
certains à se faire reconnaître ne serait-ce
qu'une fois...
Pour
"Le songe d'une nuit d'été",
Laurent Laffargue opte pour la pureté du décor:
un plateau de planches, légèrement incliné
vers le public, permet de jouer sur les apparitions
des personnages dans l'obscurité onirique du
fond de scène. Si on a peur durant les premières
minutes que tout s'enlise dans la neutralité
académique d'un jeu sans relief, heureusement
la tension gagne la suite de la représentation.
La poésie et la loufoquerie de Shakespeare, la
spontanéité et la jeunesse du jeu ne tardent
pas à emporter le public dans l'invraisemblable
intrigue qui mêle le destin des génies
et des fées à celui des hommes.
On
connaît l'histoire de ces jeunes amants, Hermia
et Lysandre qui s'enfuient d'une improbable Athènes
pour aller librement vivre leur amour au fond des bois,
et celle encore D'Héléna amoureuse acharnée
d'un Démétrius qui s'obstine à
aimer Hermia qui le fuit. On se souvient aussi peut-être
des amours chaotiques de la reine de fées Titania
et d'Obéron qui a à son service le fantasque
Puck. Que l'on n'oublie pas pour finir que leur chemin
croise, sous la ramée, cinq pauvres bougres d'artisans
qui tentent en vain de répéter la pièce
qu'ils présenteront à l'occasion du mariage
de leur prince et le tour est joué. La malice
de Puck ne va pas tarder à organiser ce beau
désordre de l'amour, une nuit de la Saint-Jean.
Titania se passionnera pour le cordonnier Bottom transformé
en âne, Lysandre n'aimera plus Hermia mais Héléna,
Démétrius reviendra sur ses premières
amours...
Shakespeare bâtit là l'une des plus incroyables
et délicieuses fables sur l'inconscient humain,
sur le désir, sur la chimère, en un mot,
sur le théâtre. Il offre pour l'éternité
au comédien l'occasion de tester son don pour
l'improvisation et la fantaisie. C'est ce dont ne se
privent pas les acteurs du Soleil Bleu. Il faut saluer
surtout la performance comique d'Eric Bougnon, extraordinaire
Bottom métamorphosé en âne, ou en
Pyrame digne des pires peplums, mais aussi Dominique
Unternehr qui parvient à nous faire hurler de
rire dans son rôle du mur (il fallait le faire).
On retrouve parfois dans la mise en scène de
Laurent Laffargue la légèreté de
Chaplin, mais aussi la douceur d'une athmosphère
foraine ou les effets merveilleux de Star Wars. La joie
qu'il a mis dans son travail est communicative, surtout
au moment où la pièce dans la pièce
subit un paroxysme dû au plaisir que les comédiens
ont à jouer, et nous à les voir s'amuser.
Virginie
Lachaise
Réagissez à cette chronique sur le forum
de Flu.
|
|
MC 93 Bobigny [site
web]
"Le
songe d'une nuit d'été" et "Othello",
du 15 janvier au 16 février 2002, en alternance
Mise
en scène : Laurent Laffargue- Scénographie
: Philippe Casaban, Eric Charbeau- Avec : Muriel Amat,
Jean-Pierre Bagot, Philippe Bérodot, Georges
Bilbille, Eric Bougnon, Stéphane Comby, Jean-Paul
Dias, Isabelle girardet, Christophe Kourotchkine, Sébastien
Laurier, Manuel Le lièvre, Christian Loustau,
Béatrice, Rangeard-Alvarez, Marie Ravel, Isabelle
Ronayette, Céline Sallette, Dominique unternehr
et Pascal Vannson
|