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Jusqu'au 15 févier au Théâtre national de la Colline

Orgia
de Pier Paolo Pasolini
mise en scène de Jean Lambert-Wild


Les textes théâtraux de Pier Paolo Pasolini suscitent un sentiment étrange (analogue à celui que l'on ressent devant le théâtre de Genet), un sentiment où se mêlent agacement et fascination. Fascination pour la beauté de la trame du texte, par les mots qui se suivent dans une parfaite harmonie rythmique et mélodique (il faut saluer ici le travail de la traductrice Caroline Michel et des acteurs dont la diction en rajoute dans le lancinement des phrases). Agacement envers ce ressassement un peu vain de ces notions héritées d'un manichéisme christianisant : innocence / péché, souillure / pureté et la mort appréhendée comme une délivrance de l'âme enfin libéré du corps et de son fatal entraînement vers le mal. Orgia place donc son spectateur dans un tiraillement continuel. Non pas entre le désir d'élévation et l'attirance vers le bas-corporel mais entre l'exaspération de devoir écouter sagement des tirades sur la nature ontologiquement corruptrice du pouvoir (au secours ! On croirait entendre Edward Bond) et le bonheur d'entendre, scandée, la phrase pasolinienne.

La mise en scène par un choix douteux d'abstraction, ne problématise pas vraiment cet aspect des choses. La seule scène qui déplace un tout petit peu le spectacle du côté du charnel (alors que c'est tout de même de cela qu'il s'agit), la dernière où la jeune fille est fouettée, reste très esthétisante. La voix off, étouffée, un peu métallique, qui répète ou répond aux paroles prononcées sur scène a tout le mielleux des voix des messageries électronique. Quant aux espèces d'agrandissement lumineux de microbes qui se promènent sur le fond de scène, ils donnent bien l'idée d'une troisième dimension mais l'on en comprend difficilement la nécessité. Lorsqu'enfin, le rayon lumineux forme une espèce de cercle autour du comédien replié en position fœtale contre un haut rectangle noir, on pense très fort à 2001 L'Odyssée de l'espace mais ce n'est pas encore très clair… peut-être avec une valse de Strauss ?…

Julie de Faramond

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Orgia de Pier Paolo Pasolini, mise en scène de Jean-Lambert-wild avec Mireille Herbstmeyer, Eric Houzelot et Nolwenn Le Du. Jusqu'au 15 févier au Théâtre national de la Colline. 01 44 62 52 52 .

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