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Les textes théâtraux de Pier Paolo Pasolini suscitent
un sentiment étrange (analogue à celui que l'on ressent
devant le théâtre de Genet), un sentiment où se mêlent
agacement et fascination. Fascination pour la beauté
de la trame du texte, par les mots qui se suivent dans
une parfaite harmonie rythmique et mélodique (il faut
saluer ici le travail de la traductrice Caroline Michel
et des acteurs dont la diction en rajoute dans le lancinement
des phrases). Agacement envers ce ressassement un peu
vain de ces notions héritées d'un manichéisme christianisant
: innocence / péché, souillure / pureté et la mort appréhendée
comme une délivrance de l'âme enfin libéré du corps
et de son fatal entraînement vers le mal. Orgia
place donc son spectateur dans un tiraillement continuel.
Non pas entre le désir d'élévation et l'attirance vers
le bas-corporel mais entre l'exaspération de devoir
écouter sagement des tirades sur la nature ontologiquement
corruptrice du pouvoir (au secours ! On croirait entendre
Edward Bond) et le bonheur d'entendre, scandée, la phrase
pasolinienne.
La mise
en scène par un choix douteux d'abstraction, ne problématise
pas vraiment cet aspect des choses. La seule scène qui
déplace un tout petit peu le spectacle du côté du charnel
(alors que c'est tout de même de cela qu'il s'agit),
la dernière où la jeune fille est fouettée, reste très
esthétisante. La voix off, étouffée, un peu métallique,
qui répète ou répond aux paroles prononcées sur scène
a tout le mielleux des voix des messageries électronique.
Quant aux espèces d'agrandissement lumineux de microbes
qui se promènent sur le fond de scène, ils donnent bien
l'idée d'une troisième dimension mais l'on en comprend
difficilement la nécessité. Lorsqu'enfin, le rayon lumineux
forme une espèce de cercle autour du comédien replié
en position fœtale contre un haut rectangle noir, on
pense très fort à 2001 L'Odyssée de l'espace
mais ce n'est pas encore très clair… peut-être avec
une valse de Strauss ?…
Julie
de Faramond
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