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Jusqu'au 1er mars à l'Opéra Bastille

Medea
Opéra de Rolf Liebermann sur un livret d'Ursula Hass. Direction musicale Daniel Klajner, mise en scène Jorge Lavelli.


Une Médée ravivée

Après tout, il ne s'agit peut-être essentiellement que d'une histoire de cul. Dans la Colchide (actuelle Géorgie caucasienne) du XIIIe siècle A.C., Médée est à la fois reine et prêtresse d'un royaume où le pouvoir appartient aux femmes. Le premier acte s'ouvre sur une cérémonie de sacrifice, les Colchidiennes exigent de leur reine la castration de son frère Apsyrtos. Là débarque Jason le Grec, accompagné de ses valeureux marins sur leur navire l'Argo. Jason s'empare de la Toison d'or, viole Médée qui se soumet à lui. Mais Jason l'abandonne pour filer ensuite le parfait amour avec un jeune homme, Créon, fils du roi de Corinthe du même nom.

Medea, achevée en 1998 et représentée actuellement à l'Opéra Bastille, est l'ultime œuvre lyrique de Rolf Liebermann, un personnage qui "avait cette exigence d'aider les gens à comprendre l'art lyrique" selon Jorge Lavelli, metteur en scène de l'opéra. C'est que Liebermann, né à Zürich en 1910 et décédé à Paris à l'âge de 88 ans, a traversé le XXe siècle européen avec deux idées en tête : renouveler l'écriture musicale, et la faire partager au public le plus large de son temps.

Renouveler l'écriture musicale, c'est d'abord, dans les années 50, s'accaparer les nouveaux styles de musique. Après avoir interprété au piano de nombreuses compositions accompagnant des films muets (son partenaire au violon s'appelait alors Albert Einstein), Liebermann se lance dans les années 50 dans les genres hybrides comme en témoigne, en 1954, son Concerto pour jazzband et orchestre. Par ailleurs, avec des opéras comme Leonore 40/45 ou Penelope, il explore les thèmes douloureux mais éminemment contemporains de la Seconde Guerre mondiale.

Faire partager la musique du XXe siècle au public le plus large, c'est ensuite un double travail portant sur la production et sur la diffusion des œuvres. Directeur de nombreux théâtres lyriques - notamment à l'Opéra de Hambourg entre 1959 et 1973, et bien sûr à l'Opéra de Paris dans les sept années suivantes -, il commande entre autres, en 1983, le Saint-François d'Assises à Olivier Messiaen. Ingénieur du son, il devient aussi, dans les années 50, directeur de l'Orchestre de la Radio suisse alémanique de Zürich. Particulièrement soucieux de la qualité de la restitution sonore radiodiffusée, il renouvelle l'enregistrement radiophonique par un travail méticuleux, au sein de l'orchestre, sur le placement des micros.

Entre ces deux préoccupations, pourtant, il y a une rupture dans la carrière de Liebermann. Dans un essai intitulé La Crise de l'opéra et paru au cours des années 50, le compositeur exprime son dépit. Pour lui, les librettistes d'opéra sont alors "plongés dans le sommeil, figés dans des poncifs et des conversations tant au niveau du contenu qu'au niveau scénique. Le compositeur est en revanche avant-gardiste et agressif - il traite de problèmes d'hier avec la langue de demain.". Durant les trois décennies suivantes, Liebermann se détourne de la composition pour se consacrer exclusivement à la direction de théâtres musicaux.

Quand il revient à la composition à la fin des années 80, après avoir définitivement quitté ses fonctions à l'Opéra de Hambourg, cette quête d'une double "langue de demain" mêlant à la fois musique et texte est toujours vivace. Pour le livret de Medea, Liebermann fait appel à la romancière allemande Ursula Haas dont l'écriture peut se lire à la fois horizontalement et verticalement, rappelant certaines expériences littéraires de l'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo). Par ailleurs, il prend le soin de préciser à Jorge Lavelli qu'il souhaite une mise en scène "au-delà des mythes", et résolument ancrée dans son temps.

L'opiniatreté paye. Modernité des décors et des costumes de Graciela Galan, sensualité des corps qui ondulent à l'unisson, force poétique du livret dont certaines pages rivalisent avec la tragédie d'Euripide, interrogations sur l'ambiguïté de la polarité sexuelle qui se nouent, entre autres, dans la qualité de l'interprétation du contre-ténor Lawrence Zazzo (Créon)… Tout contribue à faire de ce Medea un spectacle qui dépoussière le genre souvent figé de l'opéra et qui, aussi bien, concerne éminemment le spectateur du temps présent.

Benjamin Bibas

Une interview de Jorge Lavelli parue sur Flu pour sa mise en scène de l'Ombre de Venceslao
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Medea, opéra de Rolf Liebermann sur un livret d'Ursula Hass. Direction musicale Daniel Klajner, mise en scène Jorge Lavelli, décors Agostino Pace, costumes Graciela Galan. Avec Jeanne-Michèle Charbonnet (Médée), Petri Lindroos (Jason), Lawrence Zazzo (Créon)… Opéra Bastille (Paris), les 12, 15, 18, 21 et 26 février, ainsi que le 1er mars 2002.
Réservations (tél.) : 08 36 69 78 68.
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