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Sur la grand-route est une courte pièce
en un acte que Tchekhov écrit rapidement en 1884,
six ans après Platonov, et quasiment autant
avant ses grandes pièces des années 1890.
Les clichés de la "subtilité"
et de la "légéreté" tchékoviennes
y trouvent une illustration presque caricaturale : "Tout
fonctionne, analyse le metteur en scène, comme
si nous étions là dans un "pré"-théâtre
: les personnages n'en sont qu'à peine, tout
juste esquissés, comme grossièrement taillés,
avec trop peu de mots pour pouvoir être vraiment
définis."
Antoine
Caubet a monté la pièce dans la veine
minimaliste d'un Eric Vignier : pénombre généralisée,
répliques quasi-chuchotées, mouvements
limités. Mais si la posture agace souvent chez
ce dernier (quand il vide de toute vie des pièces
comme Marion de Lorme de Hugo ou L'Ecole des
Femmes), elle semble s'appliquer comme un gant à
cette pièce, qu'on verrait mal montée
comme un drame bourgeois réaliste.
Il
est vrai qu'Antoine Caubet n'a pas eu à se coltiner
la grande salle du Théâtre de la Ville
ou du Français : le spectacle se déroule
entièrement dans une cabane en bois posée
sur le grand plateau du TGP, où se pressent spectateurs
et comédiens. Le rapport scène-salle ainsi
obtenu crée une vraie alchimie qui donne une
résonance étonnante au jeu des comédiens
et donne sa vraie portée à la pièce
de Tchekhov. "Il faut être proche,poursuit
Antoine Caubet, pour voir le petit, entendre la pauvre
voix, (
) pour que s'efface un peu le "spectacle"
au profit de la communauté des personnes réunies
pour un soir dans un théâtre."
En
sortant, on salue la réussite de ce spectacle,
l'intelligence et la cohérence de ses choix.
On s'interroge aussi sur son coût : cette petite
chose, cette "pauvre voix" dont la légèreté
confine tout de même à l'insignifiance,
a dû mobiliser un budget plus que confortable,
au vu du décor (le bois ça coûte
cher) et de la distribution (onze comédiens dont
certains n'ont pas grand-chose à faire pendant
un heure et demie). Bien au chaud dans cette petite
cabane à l'atmosphère si cosy, qui pourrait
passer pour une métaphore de toute l'institution,
on mesure à quel point le théâtre
est un luxe de privilégiés. Mais c'est
un autre débat.
Vital
Philippot
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de Flu.
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Sur
la grand-route
De Anton Tchekhov
Mise en scène Antoine Caubet
Avec : Gaël Chaillat, Cécile Cholet, Vincent
Dupont, Jacek Maka, Christian Montout, Elisabeth Moreau,
Anthony Paliotti, Jean Pennec, Etienne Pommeret, Marie-Pierre
Revelut
Jusqu'au 17 février au Théâtre Gérard
Philipe de Saint-Denis, du lundi au samedi à
20 h 30, le dimanche à 16 h, relâche le
mercredi.
Réservations 01 48 13 70 00
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