sites des théâtres, programmes
chroniques
scenes
dossiers & interviews

 

Jusqu'au 13 avril au Théâtre de l'Athénée - Louis Jouvet

Daniel Mesguich
ou l'esthétique de la trouvaille

Dom Juan au Théâtre de l'Athénée


S'il existe encore quelques irréductibles qui, lorsqu'ils choisissent de monter un classique, suivent l'exemple du père Brecht et tentent d'en "extraire sa valeur en matériaux", la tendance actuelle est plutôt celle de la pièce montée : qu'importe que la génoise soit insipide tant qu'elle est couverte de chantilly et de fleurs en sucre. Or Mesguich, qui fut l'un des pionniers de cette tendance, nous livre avec ce Dom Juan un opus soigné, réjouissant et totalement vain.
Mesguich fait preuve d'imagination, il parsème sa mise en scène de trucs, de trouvailles qui amusent le public et pique sa curiosité. Mais puisque l'Athénée a eu cette curieuse idée de ne présenter cette saison que des pièces ayant été montées par Jouvet et que quelques imprudents aient osé affronter la comparaison, il faut bien dire que, pas plus que les autres, Mesguich ne sort grandi de l'aventure.

Sur un plateau poli comme un miroir qui reflète la voûte étoilée, le rideau s'ouvre sur la demeure de Dom Juan, pleine de statues de femmes, réduction audacieuse du destin de son propriétaire. Sganarelle, déguisé en Maya l'abeille, y pirouette allègrement tandis qu'Elvire, éplorée, semble tout droit sortie d'un catalogue Pronuptia. Quant à Mesguich, lui-même, beau ténébreux un peu décati, son interprétation de Dom Juan est parfaitement monolithique, ce qui passait encore pour une audition de conservatoire d'il y a trente ans, mais qui fait ici un peu pale figure.

Enfin. Il est vrai que la meilleure trouvaille était sans doute de faire de Pierrot, le paysan, un Pierrot… lunaire. Cela a un petit côté lacanien assez plaisant. Mais là encore, Mesguich n'arrive pas à sortir d'une esthétique de la boîte de bonbons. (C'est vrai qu'après la pièce montée, il y a toujours les dragées…) La visite de M. Dimanche prend elle, un petit tour kafkaïen avec des serviteurs en chapeau melon alors que l'usurier vient, avec femme et enfants vêtus de costumes ashkénazes traditionnels, réclamer son dû. Etait-il nécessaire de souligner l'effet de voix éructantes de soldats allemands, de bruitages de trains en marche et autres aboiements de chiens policiers pour montrer jusqu'où conduit le mépris du Chrétien envers le prêteur juif ? La mise en scène, pour finir, ne se prive bien évidemment pas de quelques effets pyrotechniques qui, venant, si j'ose dire, comme une cerise sur le gâteau, nous laisse finalement bien peu convaincus du bien-fondé de l'opération, avec, en sus, comme l'impression, d'une indigestion de crème fouettée…

Julie de Faramond

Réagissez à cette chronique sur le forum de Flu.
---


Dom Juan, de Molière, mise en scène Daniel Mesguich, avec Emmanuel Crépin, Anne Cressent, Pierre Debauche, Christian Hecq, Daniel Mesguich, Laurent Montel, Ariane Moret, Florence Muller, Philippe Noël, Thibault Viçon, Maria Clark, Catherine Derrien, Maria Nozières. Jusqu'au 13 avril au Théâtre de l'Athénée - Louis Jouvet. 01 53 05 19 19.
---


édiTARD

Plumes

Mp3

Radio flu

Interviews

Blog

Sudoku

Forum

Courrier