S'il existe encore quelques irréductibles qui,
lorsqu'ils choisissent de monter un classique, suivent
l'exemple du père Brecht et tentent d'en "extraire
sa valeur en matériaux", la tendance actuelle
est plutôt celle de la pièce montée
: qu'importe que la génoise soit insipide tant
qu'elle est couverte de chantilly et de fleurs en sucre.
Or Mesguich, qui fut l'un des pionniers de cette tendance,
nous livre avec ce Dom Juan un opus soigné,
réjouissant et totalement vain.
Mesguich fait preuve d'imagination, il parsème
sa mise en scène de trucs, de trouvailles qui amusent
le public et pique sa curiosité. Mais puisque l'Athénée
a eu cette curieuse idée de ne présenter
cette saison que des pièces ayant été
montées par Jouvet et que quelques imprudents aient
osé affronter la comparaison, il faut bien dire
que, pas plus que les autres, Mesguich ne sort grandi
de l'aventure.
Sur
un plateau poli comme un miroir qui reflète la
voûte étoilée, le rideau s'ouvre
sur la demeure de Dom Juan, pleine de statues
de femmes, réduction audacieuse du destin de
son propriétaire. Sganarelle, déguisé
en Maya l'abeille, y pirouette allègrement tandis
qu'Elvire, éplorée, semble tout droit
sortie d'un catalogue Pronuptia. Quant à Mesguich,
lui-même, beau ténébreux un peu
décati, son interprétation de Dom Juan
est parfaitement monolithique, ce qui passait encore
pour une audition de conservatoire d'il y a trente ans,
mais qui fait ici un peu pale figure.
Enfin. Il est vrai que la meilleure trouvaille était
sans doute de faire de Pierrot, le paysan, un Pierrot
lunaire. Cela a un petit côté lacanien
assez plaisant. Mais là encore, Mesguich n'arrive
pas à sortir d'une esthétique de la boîte
de bonbons. (C'est vrai qu'après la pièce
montée, il y a toujours les dragées
)
La visite de M. Dimanche prend elle, un petit tour kafkaïen
avec des serviteurs en chapeau melon alors que l'usurier
vient, avec femme et enfants vêtus de costumes
ashkénazes traditionnels, réclamer son
dû. Etait-il nécessaire de souligner l'effet
de voix éructantes de soldats allemands, de bruitages
de trains en marche et autres aboiements de chiens policiers
pour montrer jusqu'où conduit le mépris
du Chrétien envers le prêteur juif ?
La mise en scène, pour finir, ne se prive bien
évidemment pas de quelques effets pyrotechniques
qui, venant, si j'ose dire, comme une cerise sur le
gâteau, nous laisse finalement bien peu convaincus
du bien-fondé de l'opération, avec, en
sus, comme l'impression, d'une indigestion de crème
fouettée
Julie
de Faramond
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de Flu.
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Dom
Juan, de Molière, mise en scène Daniel
Mesguich, avec Emmanuel Crépin, Anne Cressent,
Pierre Debauche, Christian Hecq, Daniel Mesguich, Laurent
Montel, Ariane Moret, Florence Muller, Philippe Noël,
Thibault Viçon, Maria Clark, Catherine Derrien,
Maria Nozières. Jusqu'au 13 avril au Théâtre
de l'Athénée - Louis Jouvet. 01 53 05
19 19.
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