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Dans le bistrot attenant aux Bouffes du Nord, Maurice
Bénichou m'a fixé rendez-vous. C'est dans
ce théâtre qu'il répète et
va présenter une lecture de la mort de Krishna,
épisode qui clôt la grande épopée
du Mahabharata. Car le Mahabharata a beaucoup compté
pour lui et pour ceux qui, de 1983 à 1986 avaient
participé, avec Peter Brook, à la préparation
et à la création de ce spectacle-monstre
qui s'achevait au lever du jour et qui, pour eux comme
pour ceux qui en furent les spectateurs, resta une expérience
inoubliable.
Car
Peter Brook est le metteur en scène que l'on
associe spontanément au nom de Maurice Bénichou.
Pourtant d'autres rencontres ont jalonné son
parcours d'acteur : Patrice Chéreau qui, en 68,
le fait jouer dans Le Prix de la révolte
au marché noir, Jean-Pierre Vincent et la Compagnie
de l'Espérance qui montent avec lui, aux débuts
des années 70, Le Marquis de Montefosco
et Dans la jungle des villes. Néanmoins,
c'est avec Peter Brook que la collaboration aura été
la plus longue et la plus fructueuse puisque, depuis
le Timon d'Athènes, en 1974, Maurice Bénichou
a joué dans douze de ses spectacles. Et c'est
beaucoup. Car bien que très demandé, Maurice
Bénichou a relativement peu joué. "Ce
n'est pas de la paresse, explique-t-il,
mais je ne cherche pas l'accumulation. J'ai eu la chance
de pouvoir choisir" et de bien choisir pourrait-il
ajouter car la plupart des spectacles auxquels il a
participé ont fait date.
Pourtant, rien ne pouvait laisser prévoir que
les choses tourneraient comme cela. Le théâtre
n'a jamais été une vocation : Maurice
Bénichou y est venu, pour ainsi dire, par hasard.
"Dans le milieu d'où je viens, on travaillait,
à quatorze ans." Jusqu'à vingt
ans, il n'a pas eu beaucoup le loisir de s'imaginer
comédien. Mais la fin du service militaire le
laisse totalement désemparé. "Je
ne savais plus très bien où j'en étais,
je n'avais pas de métier et je ne voulais pas
continuer comme avant. À l'armée, j'avais
appris à jouer de la guitare et commencé
à chanter, j'avais une belle voix grave et j'ai
alors tenté de vivre en me produisant dans les
cafés. Et, c'est à ce moment-là
que j'ai rencontré Maréchal."
C'est donc en 1965 avec Marcel Maréchal, dans
une troupe réunissant amateurs et professionnels
qu'il fait, pour ainsi dire, ses débuts. "Ensuite,
ça a été comme un rêve, on
disait de moi que j'étais un acteur merveilleux,
alors, que voulez-vous de mieux ? C'est seulement alors
que j'ai commencé à lire, à comprendre
"
Pourtant Maurice Bénichou se défend d'être
cultivé et surtout d'être stratège.
"Les choix, je les ai faits d'instinct, c'est
seulement par la suite que j'ai pu les analyser."
C'est
pourquoi Maurice Bénichou considère que
le jeu ne s'apprend que par la pratique. "On
peut apprendre à bien parler, mais pas à
bien jouer. Les écoles sont plus des lieux de
rencontre que de formation. C'est là que naissent
les collaborations, que se constituent des troupes."
D'ailleurs, les troupes, ce n'est pas vraiment ce qu'il
cherche. Lorsque Jean-Pierre Vincent est parti avec
sa compagnie pour Strasbourg, fonder ce qui allait devenir
le Théâtre National, Maurice Bénichou
ne le suit pas. Pour des raisons personnelles et parce
qu'il désire d'être libre de ses choix.
C'est peut-être aussi grâce à cela
qu'il ne s'est pas cantonné à son métier
d'acteur mais qu'il a assisté Peter Brook dans
plusieurs de ses mises en scène et qu'il a lui-même
monté une dizaine de spectacles. L'épisode
de La mort de Krishna dont il présente
la lecture dans une "mise en espace", comme
on dit, de Peter Brook est peut-être le début
d'une nouvelle aventure. Mais Maurice Bénichou
ne veut rien prévoir
Julie
de Faramond
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de Flu.
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