sites des théâtres, programmes
chroniques
scenes
dossiers & interviews

 

Jusqu'au 9 février au Théâtre 71 de Malakoff

Beauté Misère
Textes et mise en scène : Jean-Pierre Bodin et François Chattot


Le monde impitoyable du théâtre abrite tout de même quelques belles histoires. Ainsi celle de Jean-Pierre Bodin, régisseur de théâtre aux formidables talents de conteur que ses proches ont convaincu il y a quelques années de monter sur la scène. Avec la complicité de François Chattot (on donnerait cher pour avoir assisté à la rencontre de ces deux oiseaux-là) il est devenu ainsi le co-auteur et l'interprète de trois spectacles inclassables, Le Banquet de la Sainte-Cécile, Parlez pas tout bas et aujourd'hui Beauté Misère. Soit, depuis 1997, plus de 700 représentations, 100 000 spectateurs, 5000 litres de vin, 45 kilos de pâté et 150 000 cornichons, selon les très officiels chiffres obligeamment fournis par le programme.

Inclassable, l'art de Bodin et Chattot l'est tellement qu'on est obligé de le définir par négations sucessives : il ne s'agit pas vraiment de monologues, encore moins de one man shows. Jean-Pierre Bodin n'est pas de cette race de "comiques" qui recherchent si fort la complicité du public qu'à chaque blague vous avez l'impression de sentir leur haleine avinée et leurs coudes qui vous labourent les côtes. Au contraire il garde une distance et une délicatesse qui vous tiennent en respect, si bien que souvent on retient le rire dans sa gorge de peur de briser le petit miracle qui se donne sur la scène.

Exercice au demeurant assez difficile lors de la première partie de ce spectacle, littéralement hilarante : Bodin y raconte ses débuts et déboires de régisseur, dans les années 1970, sur une mise en scène invraisemblable de grandiloquence et de mégalomanie, Le Tombeau d'Atrée. Ou que se passe-t-il quand on invite un éléphant sur la scène, qu'on essaye d'expédier en deux minutes un changement de décor qui devrait en prendre sept, et qu'on figure les restes fumants d'Agamemnon par des rognons de veau (le boucher n'avait plus de cervelle).

La seconde partie est plus proche de l'univers esquissé par le Banquet de la Sainte Cécile et Parlez pas tout bas. Son boulot fini, Bodin nous retrouve au troquet du coin où il a donné rendez-vous à ses attachantes figures de gloires de sous-préfecture et de desperados du comptoir. Galerie de personnages hauts en couleur et forts en gueule, l'exercice réussit à dépasser le niveau de la brève de comptoir ou de la deschiennerie apéritive : mine de rien les auteurs Bodin et Chattot maîtrisent leur dramaturgie et assemblent leurs historiettes avec une grâce toute funambulesque.
Surtout, à côté du Bodin-comédien qui mène le récit réapparaît bientôt le Bodin-régisseur.
A partir d'une structure sur roulette, mi boîte à outils mi cheval de Troie, il se lance dans une entreprise de construction invraisemblablement longue et minutieuse. Rarement l'expression "la beauté du geste" aura été aussi appropriée : chaque mouvement, chaque outil, chaque objet prend sa place dans cet ensemble dont on ne déflorera pas la finalité, gag ultime et jubilatoire de ce spectacle. Un soir de fête, donc, au sens le plus Tati-esque du terme.

Vital Philippot

Réagissez à cette chronique sur le forum de Flu.
---


Beauté Misère
Textes et mise en scène : Jean-Pierre Bodin et François Chattot
Interprétation : Jean-Pierre Bodin
Jusqu'au 9 février au Théâtre 71 de Malakoff
Tous les soirs à 20 h 30, le jeudi à 19 h 30, le dimanche à 17 h, relâche le lundi
Réservations : 01 55 48 91 00.

---

édiTARD

Plumes

Mp3

Radio flu

Interviews

Blog

Sudoku

Forum

Courrier