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L’Ombre de Venceslao
De Copi
Mise en scène : Jorge Lavelli
Rond-Point des Champs Elysées

Introduction sur la reprise de la pièce

« J.L : Le succès de la pièce ne peut s’expliquer. C’est pour moi le chapitre de plus d’un livre imaginaire. »

Quarante ans consacrés à monter du théâtre d’avant garde, dont dix passés à la tête du théâtre de La Colline, l’homme n’a jamais quitté sa ligne de conduite, la liberté. Nous avions rencontré Jorge lavelli à l’époque de la création de Venceslao, au théâtre de la Tempête à Paris. Il s’interrogeait sur la postérité de la pièce : « Que peut devenir cette pièce ? Après un an et demi de travail, finalement très peu de gens l'auront vue, car La Tempête est un très petit théâtre. En même temps, je vois mal comment on peut "tourner" cette pièce. Dans d'autres espaces, on risque le compromis. Il y aurait peut-être le Festival d'Avignon… Les acteurs en tout cas, sont très disponibles. »

Aujourd’hui reprise à Paris, c’est pour nous l’occasion de revenir sur l’approche de Lavelli et la conception qu’il a du théâtre et de la mise en scène en général, et de son approche du théâtre de Copi en particulier. Et de revoir pour tous cette création unique, reprise à partir du 05 octobre et jusqu’au 11 novembre au Théâtre du Rond-Point.

Ci-dessous, la chronique de la pièce par Virginie Lachaise.
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Venceslao ou le fantôme tonitruant

On ne pouvait pas s'attendre à moins : l'association Copi-Lavelli crée un cocktail détonnant. L'Ombre de Venceslao est une pure réussite.

Avec la première onde de lumière qui envahit le lieu c'est aussi le vacarme qui éclate. Une charrette est tirée à hue et à dia. A son bord, vacillant sous le poids de l'alcool et de la colère, un homme hirsute vocifère sous une pluie diluvienne. Depuis cette embarcation de fortune, il crache les insultes aux oreilles de son bâtard, Rogélio. Quant à la pauvre carne qui le tire, Tête de Rat, il prend quand même la peine de descendre de son char pour la fouetter, histoire de se défouler.

Cet énergumène, c'est Venceslao, magistralement incarné par Miloud Khétib. Figure exemplaire et caricaturale du caudi, il est celui qui, au fond de sa pampa, construit à la fois les inextricables réseaux d'une tragédie familiale comme on les aime, avec incestes, adultères et meurtres à l'appui, tout en ne songeant qu'aux chemins qui conduisent ailleurs, vers la liberté. Réunion des forces viriles et paternelles dans leurs plus crues et cruelles expressions, Venceslao a un mode de fonctionnement des plus simples : quand il désire, il baise, quand il n'est pas content, il bat, quand il parle à ses enfants, il ordonne. Et pourtant, Venceslao n'a rien de risible. Au contraire, l'agressivité de sa nature et l'absolue liberté de ses mouvements le rapproche des grands rêveurs, des oniriques, des visionnaires : Hamlet, Don Quichotte…

En exhumant ce texte inédit de Copi, Jorge Lavelli nous fait un immense cadeau. Dans L'Ombre de Venceslao, la langue de l'auteur argentin est décidément un "puits inexpuisible", comme le dit ce bon François Rabelais. La gouailles de ses personnages charrie de monceaux de réel comme cela n'arrive presque jamais au théâtre. Ca parle comme ça pense et ça pense comme il n'est pas permis. Soudain, un monde est là, sous nos yeux, un monde en expansion, à l'envers, retroussé, poétique. Sous la patte de Jorge Lavelli, il prend des allures d'arche de Noé. Les murs du Théâtre semblent avoir été repoussés, si bien que les comédiens, en guise de coulisses arpentent les enceintes extérieures du lieu lorsqu'ils doivent sortir de scène. On a suspendu sur les parois du théâtre les objets du quotidien, les armoires, les chaises, les canapés, les tables…prolongeant ainsi le décalage qui est comme la marque stylistique de ce spectacle. L'esprit de Copi est partout, opérant comme un alchimiste une permutation frénétique du réel au rêve, de l'invraisemblance au réalisme, voire à l'hyperréalisme.

Disons encore que L'Ombre de Venceslao, sous le masque de la farce agite toutes les ressources du désespoir, de la haine et de la violence, qu'elle soit naturelle ou culturelle. Chaque personnage, campé magistralement par les comédiens exprime à merveille cette ambiguïté : point de psychologisme, mais une construction des caractères savamment élaborée qui oscille entre la pulsion hystérique et la stylisation propre à la marionnette.

Sur fond de régime fascisant, héritage du gouvernement péroniste, la fable de Copi, tour à tour, prend des airs naïfs dignes des "novelle" italiennes de la Renaissance, s'apparente à l'esthétique du roman noir, ou frôle l'air de comptine. Chose étrange aussi, pour la première fois, Copi inscrit dans cette pièce une préoccupation d'ordre mystique : n'est-il pas question après tout de l'"ombre" de Venceslao ? Alors, Monsieur Copi, y aurait-il une vie après la mort ?

En tout cas, en point d'interrogation ou en point d'exclamation, une chose est sûre, c'est que cette Ombre-là nous taraude longtemps encore après que l'on a quitté la salle.

Virginie Lachaise

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Reprise au théâtre du Rond-Point

Du 5 octobre au 11 novembre 2001
Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin Roosevelt
75008 Paris
Tél : 01 44 95 98 10

L’Ombre de Venceslao, de Copi, mise en scène de Jorge Lavelli
Avec Maryline Even, Alex Jacobsen (en remplacement de Stéphane Miquel), Miloud Khétib, Carlos Kloster, Diego Montès, Dominique Pinon, Jorge Rodrigez et Joan Titus.
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