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Jusqu'au 30 janvier 2001 au théâtre Zingaro

Triptyk
Cirque Zingaro

Le Sacre de Bartabas

Quand l'obscurité a fini de tapisser l'intérieur du cirque équestre Zingaro et que peu à peu dans une pénombre ocre les premières notes du Sacre du printemps de Stravinsky retentissent, on se croit un instant revenu à la belle époque des chorégraphies de Nijinski. Un corps aux allures de félin s'insinue sur le cercle de terre rouge et vient réveiller comme par enchantement six autres corps identiques. Dans une danse ritualisée, comme un organisme unique pris d'étranges convulsions, sept danseurs du Kerala refondent les gestes d'un art martial ancestral : le kalarippayat.

Une fois de plus, Bartabas a décidé de nous éblouir et l'Orient devient la trame sur laquelle il tisse une chorégraphie d'un puissant onirisme où hommes et chevaux accordent leurs pas. Depuis sa création en mars 2000 à Amsterdam, Triptyk draîne des milliers de spectateurs. Invité de tous les Festivals d'Europe, on le retrouve à Aubervilliers, sous son magnifique chapiteau de bois, cet espace invraisemblablement bucolique inscrit dans le cœur de la ville. Treize chevaux, sept cavaliers, neuf danseurs et un clarinettiste s'associent pour dessiner en douceur un bien étrange parcours initiatique. Comme son nom l'indique, le nouveau spectacle de Bartabas s'écrit en trois temps. Stravinsky, avec Le Sacre du Printemps et La Symphonie des Psaumes occupe les volets périphériques. Quant à Boulez, avec Le Dialogue de l'ombre double, il en constitue le point focal, non seulement parce qu'il occupe le centre du triptyque mais surtout parce que le musicien dirigea ces œuvres de Stravinsky de la façon, selon Bartabas, la plus intéressante qui soit.

L'entente entre les deux hommes, Bartabas et Boulez, amena d'ailleurs la compagnie Zingaro à travailler sur ce spectacle d'une manière tout à fait atypique. Pour la première fois, la musique était maîtresse et les chevaux comme les acteurs devaient s'accorder à son sens. Habituellement, c'était le numéro qui déterminait le choix musical. Mais cette nouvelle contrainte stylistique, basée sur une étude de la spatialisation du son, modèle très sensiblement la puissance dramatique du spectacle. Les chevaux ne jouent plus la performance technique, mais sont amenés à interpréter comme de véritables danseurs, soumis à l'écoute d'une partition qu'ils se doivent d'interpréter. Dans ce cas, on a du mal à parler de simple dressage. On pencherait presque pour une reconnaissance de la formation de l'acteur-cheval !

Le premier volet, à l'esthétique très "ethnic", exploite l'esprit païen du Sacre. Les guerriers luttent au corps à corps avec des sortes de centaures qui finissent par les dominer. Bartabas réussit l'exploit de tisser de véritables tableaux mouvants, organisant dans un souffle épique un splendide chaos organisé. Quelques instants plus tard, l'esprit martial disparaît au profit d'une nature féminine, révélée dans le corps immaculé de trois splendides chevaux aux yeux bleus, entourés de trois femmes qui les contemplent. Impossible de ne pas s'étonner : ces animaux jouent la comédie, bêtes fabuleuses qui n'ont pas grand chose à envier à la licorne. Bartabas joue ainsi indéfiniment sur la variation de la figure chevaline, toujours érigée au centre de la méditation humaine. Le moment le plus convaincant du spectacle est d'ailleurs le tableau central qui s'organise autour de la géniale musique de Boulez. Des icônes de plâtre à l'image de chevaux de l'Apocalypse, figés dans des postures de souffrances, deviennent les jouets de deux danseurs qui les utilisent comme des balancelles ou des partenaires d'une danse impossible, qui tenterait de dessiner un accord entre le dur et le mou, la fixité et l'éphémère. Quant à la lumière, elle est aussi virtuose que le clarinettiste qui joue au centre de la piste.

Le seul bémol qui viendra amoindrir notre enthousiasme pour Triptyk concerne finalement la dernière partie, la partie sacrée, qui succombe aux clichés de l'imaginaire. Certes, les tableaux sont toujours aussi beaux - ces amazones traçant des cercles concentriques sur la terre dans une nébuleuse lumière - mais ils ont perdu en puissance.

Quoi qu'il en soit, Bartabas est résolument cet homme qui sait faire danser les chevaux avec les hommes. Mélomane et poète, il invente un univers de beauté où rien ne paraît impossible.

Virginie Lachaise

la présentation en flash du spectacle, créé à Amsterdam
Extraits des spectacles de Zingaro en real video
sur zingaro.nl (site en néerlandais)

Zingaro - Triptyk
Du 27 octobre 2000 au 30 janvier 2001
Informations Pratiques :
Théâtre Zingaro
176, avenue Jean-Jaurès Aubervilliers
Réservation : par téléphone au 01 55 35 35 25
Ag. 289 F, TR : 239 F

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