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au Café de la Danse

Trésor Public
un spectacle de Denis Chabroullet


Denis Chabroullet imagine un spectacle extrêmement ambitieux et déjanté. Avec Trésor Public, il lance sur le plateau du Café de la Danse une machine énorme, grotesque et frénétique. Les grues s’animent, les draisines grincent, le mannequin verdâtre à l’effigie du Christ pourrissant flotte au-dessus de ce chaos, parmi des êtres en tutu ou en slip kangourou, formes asexuées au torse bandé.

En arrière plan de Trésor Public, on devine évidemment une critique féroce du capitalisme rampant qui se nourrit des forces anonymes de l’humanité. L’image emblématique étant la masse géante du "poilu" de la première guerre qui envahit le volume de la scène et sur lequel ces "riens", les personnages, s’agitent comme des ions libres. C’est sur ce Gulliver de pacotille que s’exhibent tous les représentants de la vénalité et de l’inconscience maligne : la première prostituée, l’homme d’affaire portant un coffre fort sur le dos comme une prothèse, l’homme en culottes courtes qui s’amuse avec une maquette de bombardier à pénétrer les narines du pauvre soldat devenu terrain de jeu.

La compagnie Mezzanine sous-titre son spectacle "Jeu de focales pour images en mouvement". C’est effectivement ce que l’on ne pourra pas reprocher à Trésor Public : cette quête folle de la performance visuelle qui atteint quelquefois un effet réellement saisissant. Le jeu récurrent de corps hissés, d’amas d’objets descendus au bout de cordages, traînés et luttant contre les acteurs mis constamment en porte-à-faux au gré de rythmes syncopés, de sons outrés, crée de temps à autres une vision hallucinée d’une grande portée émotive.

Mais pourquoi alors ne parvient-on pas à s’enthousiasmer pour ce spectacle qui revendique pourtant un éventail inépuisable de références dramaturgiques et historiques ? Peut-être est-ce parce que la bonne volonté symbolique et didactique ne parvient pas toujours à faire oublier les maladresses de l’interprétation et les surcharges explicatives. Le spectacle se veut grandiose, choquant, provoquant, mais l’immense "bordel" que revendiquait Tadeusz Kantor sur la scène ne suffit pas toujours à faire naître le génie. Le symbolisme n’est pas une recette, mais un art. La machinerie infernale, les objets roulants, comme les chariots gavés de mannequins cadavériques, toutes ces images reconnues et mise bout à bout ne composent pas nécessairement un objet d’art. Aussi, si l’on reconnaît une certaine tentation pour la contestation à l’œuvre dans Trésor public, ainsi que l’aptitude à inventer de beaux tableaux au sens clairement identifiable (et c’est bien sûr là le hic), on ne peut s’empêcher de penser que l’avant-garde est avant tout un état d’esprit qui s’imite difficilement.

Virginie Lachaise

Trésor Public  
Avec : Sandy Albertelli, Claire Allouchery, Stéphanie Auberville, Armelle Després, Valérie Crouzet, Karine Girard, Jean-Pierre Hutinet, Julie Nancy, Marie-Pierre Pirson, Jean-Clause Bernard, Cédric Albertelli, Demis Boussu, François Gourgues, Pierre Maligne et Cécile Maquet.
Ingénieur du son et régie : Eric pottier
Téléphone : 01.40.21.70.70 - Dates et horaires : le 22/11/2000 à 20h30, le 23/11/2000 à 20h30, le 24/11/2000 à 20h30, le 25/11/2000 à 20h30, le 27/11/2000 à 20h30, le 28/11/2000 à 20h30, le 29/11/2000 à 20h30, le 30/11/2000 à 20h30, le 01/12/2000 à 20h30, le 02/12/2000 à 20h30
Tarif : 130 F - Réductions : 80 F, 65 F

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