Le spectacle s'ouvre sur une étrange vision: celle d'une
tête posée sur le sable: est-ce un corps que la neige à recouvert? L'homme est-il mort
ou vit-il encore ? Des questions auquelles aucune des scènes qui suivent ne donnera de
réponse. Au contraire, les séquences se font plus énigmatiques encore: que fait-on à
présent à Kiev et à Berlin, qui sont ces gens, ces bêtes, ces insectes ? Le spectacle
n'a d'autre fil conducteur que l'imaginaire de Rézo Gabradzé et les différentes
marionnettes n'ont en commun que d'appartenir à un même univers. Un univers onirique où
les hommes et les animaux ne se meuvent que très lentement, parlent à voix basse et avec
un timbre très doux.
C'est une bien étrange vision de la guerre
que nous donne Rézo Gabradzé, étrange vision qui aurait pu nous boulverser si le
spectacle avait été présenté dans un lieu plus adéquat que le théâtre des Abesses.
Le Théâtre de la Ville n'aurait-il pas pu aménager exceptionnellement une salle de
petite dimension, salle de répétition ou autre afin que les spectateurs assis
au-delà du dixième rang puissent distinctement voir les marionnettes ? Chaque fois que
se produit un spectacle d'objets dans un théâtre subventionné, force est de constater
que malgré toute les déclarations du ministère et de la direction du théâtre en
faveur des formes moins traditionnelles du spectacle vivant, il n'existe encore aucun lieu
adapté à de telles représentations. Le ministère a d'autres priorités.
Julie de Faramond |