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Du 14 Septembre au 28 Octobre au Théâtre Sylvia Monfort

Les Sincères
Marivaux
Mise en scène de Agathe Alexis


Les Sincères, ce sont la Marquise et Ergaste qui, ayant délaissé Dorante et Araminte qui les désirent, se découvrent amoureux dans leur passion commune pour la sincérité. Modestie mal placée et fausse pudeur chez l'une, moyen de se faire remarquer chez l'autre, cette sincérité n'est qu'un moyen pour eux de se mettre en valeur sans en avoir l'air. Leurs serviteurs aidant, cet amour se désagrège en même temps que les vérités dites deviennent blessantes. La Marquise comprend alors la sincérité des propos de Dorante et Ergaste la réalité de ses sentiments pour Araminte. On s'en aperçoit, la vérité est, avec l'amour, le centre moteur de l'action de la pièce de Marivaux. Pour les spectateurs un peu lents d'esprit, à moins qu'elle ait trouvé particulièrement pertinent de rapprocher deux textes du même auteur traitant du même sujet, Agathe Alexis a choisi d'introduire sa mise en scène par Le Dialogue de l'amour et de la vérité. Cet appendice initial, didactique, certes, pas désagréable, sans doute, pose un double probléme : celui de faire de la pièce une sorte de conte moral, de lui donner un sens très général, et donc flou ; et celui, contigu au premier, de tirer la représentation vers un univers mythique et fantasmatique.
La pièce n'apparaît d'emblée que comme une illustration, une dramatisation du propos développé dans le dialogue. Certes le théâtre de Marivaux, et dans le cas des Sincères tout aussi bien, peut souvent paraître très formel, ses pièces de pures constructions mentales et ludiques, mais si la structure de la pièce est très précise, la réalité sous-jacente aux situations n'en est pas moins réelle, touchante et cruelle. Le choix de conclure la pièce dans un univers fantastique et vaguement onirique renvoie cette réalité dans un flou qui tient plus de l'effet de style douteux que d'une véritable recherche de sens. " L'exacte clarté, Madame, est le premier et le plus essentiel devoir de l'auteur ".
Car Marivaux, ici comme toujours, cherche " où peut se cacher l'amour lorsqu'il craint de se montrer, et chacune de [ses] comédies a pour objet de le faire sortir d'une de ses niches ". Chacune de ses pièce est un processus d'extraction qui ne se fait pas sans dégâts, une tombée de masques qui met l'âme des personnages à nu, là où ils auraient souhaité le plus la camoufler. Ici la veulerie prend l'aspect de la sincérité, et la vérité celui de l'exagération ; tout y est question de langage. La sincérité revendiquée et absolue des deux protagonistes n'est que le masque de leurs défauts et l'outil de leur ego. Leurs petites phrases mesquines tranchent avec l'emphase du discours amoureux de Dorante, rejeté par la Marquise comme de grossières flatteries, et la sensualité d'Araminte, trop évidents, utilisant trop de discours ou pas assez pour être honnêtes.
Les Sincères est un processus cruel, qui fait perdre à la Marquise le contrôle de son petit jeu et par lequel la réalité des sentiments reprend le pas sur l'apparente sincérité des discours. Il est notable que les valets, qui ouvrent et closent les débats, soient les instigateurs de cette tombée de masques, les manipulateurs de ce pathétique quatuor de marionnettes. Le langage de la sincérité sert, chez les maîtres, à la mise en avant de soi et à la moquerie des autres, chez les valets à la manipulation et à la critique. A la vaine satisfaction d'un discours centré sur soi qui ne sert qu'à moquer ou à caresser, les valets opposent un langage de la critique et de l'efficacité. Moment de transition où le langage d'un côté perd son sens et fait apparaître les sentiments lorsqu'il disparaît, et de l'autre devient réellement critique et efficient. Précision de la structure dramatique qui montre ce changement de domination, ombres de la mise en scène dans lesquelles disparaît tout ce fond de désirs, d'intérêts, de pression sociale qui donnent aux pièces de Marivaux leur efficacité dramatique.

Laurent Dosnon

Les Sincères, Marivaux
Mise en scène : Agathe Alexis

Ergaste : Philippe Lebas, Frontin : Jacques Brucher, L'Amour : Olivier Peigné, La Vérité et Araminte : Anne Lévy, La Marquise : Bernadette Le Saché, Dorante : François Kergoulay, Lisette : Agathe Alexis, Valet : Dimitri De-Neve14 septembre - 28 octobre

Du 14 Septembre au 28 Octobre au Théâtre Sylvia Monfort, 106, rue Brancion, 75015 Paris
Location : 01 56 08 33 88


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