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Entre
performance et première véritable « audition »
devant le public, après un premier prix au festival de théâtre-étudiant
à Nanterre il y a deux ans, le théâtre de la Bastille et la
compagnie Les Mots dits nous surprennent aujourdhui par cette
programmation iconoclaste ; on salue ce parti-pris de donner leur
chance à de très jeunes comédiens (ils ont la vingtaine) qui réussissent
là un baptème du feu pourtant casse-cou en dérogeant aux sacrées
saintes lois de la mise en scène et de la représentation. Lidée
de départ est en effet périlleuse : « une big diva
dans un énorme tissu rouge-sang traîne une myriade denfants,
notre Eve « over play-back Jacques Brel », dixit le
programme.
Et
maintenant le silence ? Linterrogation et le terme étonnent
après une heure et demi durgence frénétique. Exploitant le
registre des affects et de lémotion brute, les jeunes comédiens
ne se refusent rien, ni la démesure et loutrance, ni lirrésistible
et périlleuse envie dune mise à nu complète ; ils
soffrent ainsi le pari réussi daffronter le public dans
toute la nudité de corps ordinaires, dans un préambule nécessaire
à une mise à nu plus intime. Projection vidéo, bande son digne
dun Priscillia, folle du désert neeneties, mimes porno
et tirades classiques, parodie burlesque et karaoké ultra-speedé,
le spectacle multiplie les effets tous azimuts sans se départir
de cette veine personnelle. La prostitution et les lumières de la
rampe, rouges néons touristiques dAmsterdam, LHistoire
de lil de Bataille, le dialogue amoureux réduit à sa
quintessence nocturne (« il ronfle, je pleure »), ou
la gay attitude vue par une mamie délicieusement dépassée,
malgré la diversité des références on sent lunité et
lacuité de la question primordiale : lamour,
quest-ce que cest, et de son corollaire, qu'est-ce quon
attend, à vingt ans ? La
solution à cette question lancinante, puisque réponse univoque
il ne peut y avoir, se situe à cheval entre expectative
mi-anxieuse, mi-dévorante (à limage de ces corps
dadolescents assumés) et folle envie den découdre avec la
scène, avec la vie.
Ainsi,
une cantatrice fellinienne, relookée diva trash, et un ange déchu,
jeune éphèbe mélomane, mènent la danse, trimballant à leurs Nike
Air une cohorte d « enfants », ordinaires
ou jouant l'attitude, emportés par le trouble de leurs
vingt ans et la frénésie de leur désirs. Dans le rôle des
metteurs en scène, la diva et lange sont les médiateurs entre
le spectacle et la salle, à charge pour les deux personnages, étrangers
de par leurs différences aux préoccupations de tous les garçons
et les filles de leur âge, en plein marivaudage contemporain, de
donner de la cohésion au message. Mais quelle cohérence, à quoi
bon un message ? Plutôt que de théâtre et de dramaturgie,
il faut plutôt ici sattendre à un show et avant tout à du
spectacle. Lambition générale est peut-être de rendre
compte, de façon débridée et
sans faire manifeste, des désirs et des attentes de la jeune génération.
Mais - trash culture et performance theater, musette et gay
attitude, dance-floor et tragédies classiques - le désir est,
par delà les modes dexpression et les registres dramatiques,
avant tout de mettre en scène, ensemble, des influences assumées
(de Brel et Montand au flot house) et des envies en plein devenir.
Comment
le show débridé en vient-il à donner un sentiment dentropie
partagé par la salle ? Générosité, sincérité et tolérance,
alliés à une bonne dose dhumour, et par delà linquiétude
lenvie et le désir qui priment, font de ce spectacle, joué à
19h30, un happy hour revivifiant. Le meilleur est à
limage dune interprétation hallucinée de « Im a
happy girl/ in a happy world/ Im in plastic/ its fantastic »
dont le refrain nous reste
jusque tard dans la soirée.
A.J. |
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>Et
maintenant le silence
du
26 avril au 13 mai
à
19h30
Spectacle de Philippe
Calvario, Ariane Crochet
et Christian Kiappe Avec Christophe Brière, Philippe Calvario, Ariane Crochet,
Eléonore Denarié, Sylviane Duparc, Corinne Freitas, Philippe Goin, Julie Harnois, Christian Kiappe,
Emmanuelle Maquat, AnthonyPaliotti, Justine Pouvreau
>Théâtre de la
Bastille 76,
rue de la Roquette. M° Bastille, Voltaire, Bréguet-Sabin. Tous les
jours à 19h30, relâche dimanche et lundi. Résa 01.43.57.42.14.
120 F et TR 80 F
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