Ils se rencontrent au milieu du plateau, se saluent l'un, l'autre. Conventionnels,
trés comme il faut, effectuant de petits mouvements rituels, jolie courbette, salut
profond, le torse incliné vers les bottines de la demoiselle. Et les mouvements
apparaissent d'autant plus restreints que déja l'on sent autre chose entre eux, autre
chose de plus grand, de beaucoup plus fort, la très vieille histoire d'un homme et d'une
femme, ensemble.
Tout. Les premiers temps, l'incontournable exitation des débuts , les petits jeux,
les premières rebuffades, premières disputes...
Les cris de l'enfant déjà conçu, achevé, porté au monde. Les histoires qu'on
lui conte, le soir.
L'amour. La brutalité. L'amour. L'esclavage. La lutte pour le pouvoir. Les
engueulades franches.
Et l'amour encore, qui la tue, elle, un peu.
Lui la relève.
Et la tue.
La relève.
Elle l'agrippe, l'attire au sol, l'immobilise, le voila mort.
Elle le relève.
Le tue à nouveau.
Le relève.
Le porte.
Il tombe, se releve, la porte, la jette, la porte à nouveau.
Toutes ces relations de force, toutes les petites tentatives de quelque chose, toute la
bonne volonté, toutes les hystéries quotidiennes.
Et la beauté aussi.
Tout cela sans un mot, que ceux incompréhensibles d'une langue lointaine -hongrois?, et
les percussions incroyablement proches qui lient, et délient les deux danseurs.
La Mouche |