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Au théâtre de la
Ville jusqu'au 14 octobre |
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Le Réformateur
De Thomas Bernhardt
Mise en scène André Engel |
Ce nest certainement pas un hasard si dès la première scène du Réformateur, sur notre rétine simpriment dautres images, LAstrologue de Vermeer ou le cabinet
du philosophe de Rembrandt. Il faut dire quAndré Engel enseigna la philosophie jusquen 1969.
Dans une pièce mansardée, la lumière douce de laube filtre par la gauche à travers les carreaux dune petite fenêtre fichée dans le mur. Devant, sur un imposant
bureau, un bocal réfléchit et déforme la totalité du monde qui lentoure. Un poisson, « lagité du bocal », y frétille parmi les perspectives tordues. Et coincé dans cet
angle surélevé, dénonçant par contraste la vacuité des trois quarts de lespace scénique, un vieillard se terre dans un fauteuil, agitant autour de son corps débile, un
drap blanc, tour à tour toge ou linceul.
Lui, cest le Réformateur. Figure du philosophe acariâtre, ce vieil haineux de lhumanité en même temps que bourreau conjugal, sapprête à recevoir le titre de
docteur honoris causa, pour un traité quil rédigea quelques années auparavant au sujet de la réforme du monde. Dans cette pièce, Thomas Bernhardt déverse toute
sa colère, maniant loutrance avec génie.
Quant à Serge Merlin, subjuguant dans le rôle de limpotent haïssable et dérisoire, il élève le personnge au rang des mythiques et ridicules mégalomanes, comiques à
la manière dun Lear, dun Alceste ou dun Malade imaginaire.
Pour toutes ces raisons, André Engel nhésite pas, neuf ans après sa création, à remonter la pièce avec le même interprête. Cest que Serge Merlin mise tout sur la
syncope, le souffle hâché et dévastateur, le timbre rauque, le corps tour à tour séteignant ou bondissant comme un diable qui sort de sa boîte. Lacteur semble
renouer avec la gestuelle des premiers films muets. Il y a dans ses attitudes proches du mime quelque chose des postures dAntonin Artaud et dans la construction de
son personnage, un je ne sais quoi du Maître du logis de Dreyer, film où lon voit peu à peu les ressorts de limpuissance animer la tyrannie domestique.
Thomas Bernhard a su jouer de lautodérision comme dun archer. Cest ce qui permet de reconnaître aussi, chez ce Réformateur, ce vieux réactionnaire, dont on
sent bien pourtant quil est de la pâte des fascistes, une humanité fragile, la tentation du suicide chez le bourreau.
Comme chez Büchner, Kafka ou Horwath, cest avant tout lhumanité dérisoire, cette faiblesse quil faut convertir par lhumour, quAndré Engel admire dans
lécriture de Thomas Bernhardt. Il est parvenu à en faire jaillir les élans et les accents dans sa mise en scène.
Virginie Lachaise
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Le Réformateur
Au théâtre de la Ville
De Thomas Bernhardt
Mise en scène André Engel
Du jeudi 28 septembre au 14 octobre
Avec Serge Merlin, Michèle Féruse, Jean-Mare Boeglin, Paul Descombes et Mama Chriss
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