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Voilà ce que l'on appelle un spectacle plein de bonnes
intentions : deux sœurs roumaines, au début des années
soixante-dix, l'une comédienne, c'est Ioanna, l'autre
écrivain, c'est Alexandra, vivent ensemble sur un mode
osmotique. Nous sommes sous Ceaucescu. L'histoire est
autobiographique, il s'agit de celle d'Anca Visdei,
l'auteur de la pièce. Inévitablement, la censure oblige
Alexandra à l'exil en Suisse. C'est à partir de ce moment
que l'intrigue de la pièce se décline sur le mode exclusif
de la correspondance épistolaire, entrelardée de tirades
du Songe d'une nuit d'été. D'où le titre…
Les deux sœurs, vouées à une communication constamment
différée se font part de leur souffrance. Chez l'une,
l'exil impose d'écrire dans une autre langue et accule
à une justification constante de son identité en pays
étranger. Chez l'autre, le manque de liberté et l'indigence
en général entraînt une lente renonciation à soi-même
et conduit à la trahison de la sœur bien-aimée qui finira
par rompre tout contact avec elle pendant dix ans. Il
faudra attendre la fin de l'infernal régime politique
pour qu'une réconciliation soit à nouveau possible,
avec dans ses bagages, la fatale usure du temps.
Le propos de la pièce est évidemment d'un intérêt incontestable.
Dénoncer la dictature par l'emprise qu'elle exerce sur
la vie individuelle, hélas, est toujours d'actualité.
Au travers d'une histoire personnelle, Anca Visdei dénonce
la stérilisation des femmes, l'indigence des soins,
l'aliénation de la liberté d'expression, la corruption
en général. Mais si Yvette Caldas et Marie Cuvelier
déploient beaucoup d'énergie pour incarner au mieux
ces deux sœurs au destin cruel, force est de constater
que la mise en scène manque cruellement d'audace. Mais
cette faiblesse gisait sans doute déjà dans le cœur
d'une pièce au style quelque peu convenu.
Virginie
Lachaise
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