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Au théâtre de la Bastille du 28 Novembre au 22 décembre 00
Projection privée/Théâtre publique
Jean-François Peyret


Une histoire d'amour à l'âge de l'ordinateur

Le nouvel opus de Jean-François Peyret est surprenant à plus d'un titre. Pour celui qui ne serait pas familier de l'univers du metteur en scène, il saura que les images projetées sur écrans ou diffusées sur moniteurs vidéo, les voix et les sons qui - venant de l'acteur ou de haut-parleurs - se superposent, s'entremêlent dans une esthétique du fragment, de la brisure, voire même - osons le mot - de la dissémination, chère à Deleuze. Celui-ci sera peut-être dérouté mais moins que cet autre qui, habité par les derniers spectacles de Peyret, se trouve là devant quelque chose de nouveau. Projection privée / Théâtre public se livre à une investigation du côté du sentiment amoureux, eh oui, de l'amour ! Pas du concept d'amour chez Augustin, mais de celui que l'on ressent tous un jour ou l'autre et qui se traduit par la tachycardie, l'insomnie, les palpitations….

Donc, plus question d'ordinateurs mais d'homme, considéré comme une machine sentante et ressentante. Nathalie Richard dont le visage, en gros plan, apparaît sur un écran, fixe le public et lui parle d'amour. Retour à l'origine du dévoilement de l'intime au cinéma, du fameux regard d'Harriet Anderson dans Monica qui livre son intériorité au spectateur et le défie en même temps ? Nathalie Richard qui a la grâce et l'aplomb d'une actrice bergmanienne donne plus de prégnance encore à ce souvenir. Entrant en scène, elle va occuper successivement différents pans de l'espace, les habiter d'une présence diffuse, celle d'Auden, le poète dont elle dit et commente les vers. L'espace est curieusement utilisé verticalement et non plus horizontalement, la scène s'aplatie et se fait, en quelque sorte, écran. De façon littéralement prodigieuse, Nathalie Richard apparaît, tout à coup, dans un fourreau rouge digne de celui de Rita Hayworth, comme accrochée au mur du fond sans que cela ne l'empêche de se mouvoir.

Cette mise à plat, cette réduction de l'espace à deux dimensions n'est peut-être pas étrangère au travail de la compagnie sur le support multimédia. En effet, Agnès de Cailleux que nous avions interviewée à l'occasion du précédent spectacle de Jean-François Peyret a conçu, pour le site de la compagnie, un magnifique dispositif graphique et sonore qui mêle textes écrits, textes dits, musiques et images dont certaines sont sublimes. Le multimédia qui était, avant tout, censé accompagner l'élaboration du travail scénique semble, aujourd'hui, être devenu un modèle esthétique que la représentation tend alors à imiter.

Julie de Faramond

>> lire la chronique de Histoire naturelle de l'esprit (suite et fin)
>> lire l'interview que nous avait accordée Jean-François Peyret à cette occasion
Projection privée/théâtre public
Théâtre de la Bastille
76, rue de la Roquette
75011 Paris
tlj à 20h30, dimanche à 17h, relâche le lundi
résa : 01.43.57.42.14
du 28 Novembre 00 au 22 décembre 00

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