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Une histoire d'amour à l'âge de l'ordinateur
Le nouvel opus
de Jean-François Peyret est surprenant à plus d'un
titre. Pour celui qui ne serait pas familier de
l'univers du metteur en scène, il saura que les
images projetées sur écrans ou diffusées sur moniteurs
vidéo, les voix et les sons qui - venant de l'acteur
ou de haut-parleurs - se superposent, s'entremêlent
dans une esthétique du fragment, de la brisure,
voire même - osons le mot - de la dissémination,
chère à Deleuze. Celui-ci sera peut-être dérouté
mais moins que cet autre qui, habité par les derniers
spectacles de Peyret, se trouve là devant quelque
chose de nouveau. Projection privée / Théâtre public
se livre à une investigation du côté du sentiment
amoureux, eh oui, de l'amour ! Pas du concept d'amour
chez Augustin, mais de celui que l'on ressent tous
un jour ou l'autre et qui se traduit par la tachycardie,
l'insomnie, les palpitations….
Donc, plus
question d'ordinateurs mais d'homme, considéré comme
une machine sentante et ressentante. Nathalie Richard
dont le visage, en gros plan, apparaît sur un écran,
fixe le public et lui parle d'amour. Retour à l'origine
du dévoilement de l'intime au cinéma, du fameux
regard d'Harriet Anderson dans Monica qui livre
son intériorité au spectateur et le défie en même
temps ? Nathalie Richard qui a la grâce et l'aplomb
d'une actrice bergmanienne donne plus de prégnance
encore à ce souvenir. Entrant en scène, elle va
occuper successivement différents pans de l'espace,
les habiter d'une présence diffuse, celle d'Auden,
le poète dont elle dit et commente les vers. L'espace
est curieusement utilisé verticalement et non plus
horizontalement, la scène s'aplatie et se fait,
en quelque sorte, écran. De façon littéralement
prodigieuse, Nathalie Richard apparaît, tout à coup,
dans un fourreau rouge digne de celui de Rita Hayworth,
comme accrochée au mur du fond sans que cela ne
l'empêche de se mouvoir.
Cette mise
à plat, cette réduction de l'espace à deux dimensions
n'est peut-être pas étrangère au travail de la compagnie
sur le support multimédia. En effet, Agnès
de Cailleux que nous avions interviewée à l'occasion
du précédent spectacle de Jean-François
Peyret a conçu, pour le site
de la compagnie, un magnifique dispositif graphique
et sonore qui mêle textes écrits, textes dits, musiques
et images dont certaines sont sublimes. Le multimédia
qui était, avant tout, censé accompagner l'élaboration
du travail scénique semble, aujourd'hui, être devenu
un modèle esthétique que la représentation tend
alors à imiter.
Julie
de Faramond
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