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MC 93, Théâtre de Bobigny
Histoire naturelle de
l'esprit
(suite et fin)
Conçu et réalisé par
Jean-François Peyret
Compagnie TF2 |
>>Lire aussi :
Entretien avec Jean-François Peyret
Interview de Agnès de Cailleux (conceptrice du site de la
Compagnie TF2) |
Les machines pensent aussi
Avec Histoire naturelle de l'esprit
(suite et fin), Jean-François Peyret a achevé le dernier volet d'un étrange
triptyque qui avait commencé par un retour sur le système explicatif du vivant hérité
de Darwin pour aboutir, dans son dernier opus, à un questionnement sur la possibilité de
voir advenir une machine pensante. A travers cette ouverture vertigineuse sur un devenir
machinique de notre histoire naturelle, s'est profilée l'autre question, celle du
"qu'est-ce que penser?" Question qui se pose chaque fois que nos modes de
représentation subissent une transformation notable, question qui se pose donc
aujourd'hui que notre Weltanschauung est, de fait, bouleversée par le multimédia
et les nouvelles technologies.
Jeanne Balibar, Jacques Bonnaffé, Laurence Masliah, Jacques
Mazeran et trois comédiens du Jeune Théâtre National se questionnent les uns les
autres, tentant détablir un dialogue entre ces deux règnes, celui du machinique et
celui du vivant, tantôt présents en personne, tantôt à travers les images projetées
sur les différents écrans du plateau. Leur corps sont dailleurs symboliquement
déformés par des faux seins, corsets, orthèses en tous genres. En effet, comme pour son
spectacle précédent : Turing Machine, la figure centrale du spectacle est
celle dAlan Turing qui ouvrit la voie à ce qui allait devenir lintelligence
artificielle. Condamné pour homosexualité, il consentit à subir une castration chimique
et finit par se suicider en croquant une pomme empoisonnée au cyanure. Figure
emblématique, en effet, dun spectacle où les corps, curieusement accoutrés, à
demi ou totalement dénudés, soffrent au regard du spectateur dans un paraître
démultiplié par la vidéo.
Ainsi souvre une seconde problématique : du corps
vivant, nous somme passé à la question du paraître : quest ce que se
montrer ? Question qui, posée sur une scène de théâtre, est particulièrement
déroutante. Le visage de Marie Dablanc projeté en image fixe rappelle celui des actrices
de lâge dor hollywoodien. Quelques minutes avant, filmé derrière celui de
Jacques Bonnaffé, il évoquait plutôt les années vingt et le cinéma expressionniste
allemand. Où en est-on de lhistoire du paraître, en quoi est-elle liée à
lhistoire tout court ? Encore des question qui, comme celles que les voix
enregistrées des acteurs posent au spectateur, lorsquil sinstalle, ne
semblent attendre aucune réponse.
Tout se passe comme si Jean-François Peyret cherchait, comme le
protagoniste du Château, à trouver lentrée, le mot de passe, celui qui
donnerait accès au fichier " pensée ". Et, à cette fin, il
interroge des textes contemporains, les confronte à des citations de matérialistes
pré-dialectiques comme La Mettrie. Citation gratuite, jeu sur le décalage, production
d'un sens neuf? Jean-François Peyret semble être passé, lui, du côté du matérialisme
"post-dialectique" comme si la contradiction, devenue irréductible, n'avait
plus qu'à être posée comme telle.
Julie de Faramond |
Histoire naturelle de lesprit (suite et fin)
Conçu et réalisé par Jean-François Peyret
Avec Jeanne Balibar, Yannis Baraban, Jacques Bonnaffé, Marie Dablanc, Victor
Gauthier-Martin, Laurence Masliah, Jacques Mazeran.
Jusquau 1 avril, à la MC 93, Bobigny puis au TNT, Toulouse.
NB : Dans la stricte
continuité de cette réflexion théâtrale aura lieu, lundi 27 mars à Aubervilliers, une
conférence intitulée "Le Corps donne à l'esprit de quoi s'occuper",
entièrement dévolue à la pensée de Turing. Avec, entre autres, le neurobiologiste
Jean-Didier Vincent et le philosophe Jean Lassègue, spécialiste de Turing.
Les Laboratoires d'Aubervilliers, 41, rue Lecuyer, Aubervilliers (93).
01 53 56 15 90, à 19 h ; entrée libre sur réservation. |
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