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Une invitation à la danse
Ce
soir, cest le bal ! Le bal de tango, au fond
de la petite salle du théâtre de Bastille*.
Dabord le décor : de petites tables rondes
surmontées de loupiotes distillant une lumière discrètement
ambrée, la chaleur des tentures de velours cramoisi.
Ensuite, lémotion : la sensualité des gestes,
lambiguïté des paroles qui tentent de saccrocher
aux corps fondus dans une même esquisse, le tango.
Camilla Saraceni a voulu puiser dans lessence
du tango une mise
à lépreuve du rapport à lautre. Elle construit
Pas à deux, un spectacle où danse et parole expriment
limpossible et pourtant inassouvissable dialogue
de lhomme et de la femme. Pour ce projet, elle
a passé commande à deux écrivains, Lydie Salvayre et
Charlie Kassab. Son but était simple, introduire dans
le langage des gestes la subversion de la parole. De
leur côté, les écrivains étaient bien décidés à extraire
le tango de la « glue sentimentale ».
Le résultat est convaincant : un montage de textes
intelligent, chevauché par une palette de comédiens-danseurs
aux personnalités riches, aux beautés variées, aux talents
contrastés. En prime, la chorégraphie parvient à allier
le hiératisme argentin au comique de cabaret.
Certes, un tel programme nest pas absolument original.
On a vu plusieurs fois des créations alliant au tango
une réflexion sur la relation homme/femme. Mais Pas
à deux a un charme incontournable. Sa réussite tient
sans doute au subtil parasitage qui sétablit entre
propos sur la séduction et pratique amoureuse. Ici,
on nhésite pas à parer lincontournable cruauté
de la passion de son côté dérisoire, de la vanité
de la souffrance et de la mesquinerie de lamour
propre. Si bien que lon rit de ce qui dans nos
vies est quelquefois tragique. Ainsi, la femme-objet
devient, littéralement, un corps mort que lhomme
tente denfermer dans une valise. Et lorsquelle
en sort, telle une poupée de chiffon, elle nhésite
pas à se comparer à Marilyn Monroe. Quelques moulinets
de jambes plus tard, elle a entraîné avec elle, au fond
du sac, lhomme qui nattendait que cet appel
du pied.
On le voit, les créateurs de Pas à deux nhésitent
pas à mêler les genres et brouiller les pistes, jusquà
ramener le tango vers la beauté triviale de la vie.
Loin des sentiers mélodramatiques et sucrés, ils rendent
cette danse à son côté populaire et charnel. Ils sont
aidés par la présence sur le plateau dune chanteuse
magnifique, Sandra Rumolino et par les accords de la
contrebasse et de laccordéon qui rendent plus
frémissants encore les pas des danseurs.
Virginie
Lachaise
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la pièce est reprise aujourd'hui au Théâtre
de Chaillot, dans le cadre du Festival Buenos-Aires
Tangos, du 9 au 27 mai
Pas à deux
du
17 mai au 10 juin 2001
Scène
nationale de Chaillot
salle Gémier 20h30 dimanche 14h30 dimanche 20 mai 15h
25, 26 mai : 19h Relâche le lundi
Résa 01 53 65 30 00
Plus d'infos sur le site du théâtre :
www.theatre-chaillot.fr
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