sites des théâtres, programmes
chroniques
scenes
dossiers & interviews

Théâtre de la Commune
Le Colonel-Oiseau
de Hrysto Boychtev
Mise en scène de Didier Bezace


On ressent la même frustration devant ce Colonel Oiseau que devant ces films dont la bande-annonce a épuisé tout le sel, toutes les scènes marquantes, tous les gags, et qui n'ont strictement plus rien à montrer qu'on n'ait déjà vu. Ce spectacle qu'on a très bien su nous vendre pendant et depuis le Festival Avignon (il s'agissait quasiment, avec le Henry V de Jean-Louis Benoît, de la seule "grosse" création française) remplit scrupuleusement son cahier des charges mais déçoit en échouant à offrir la moindre once d'inattendu

"Il y a celui qui croit qu'il est tout petit. Il y a celui qui voudrait voir son sexe grandir..." il y a tous ces fous qui nous font rire de leurs folies, il y a cette jolie musique mélancolique qui passe et repasse sur France Inter, partenaire du spectacle, il y a ce magnifique décor de qu'on a pu voir dans les reportages télé, ces excellents comédiens très bien dirigés par Didier Bezace, il y a enfin et surtout cette fable généreuse sur la folie des Balkans, qui vient à point nommé remuer nos mauvaises consciences européennes : un médecin est envoyé dans un asile psychiatrique bulgare, isolé de tout et oublié de tous, et découvre une petite communauté de fous, inoffensifs et livré à eux-mêmes. Tombent du ciel des colis de l'ONU destinés en réalité à la Bosnie voisine, qui vont changer la vie de cette petite communauté : les fous décident de se constituer en territoire indépendant et d'adhérer à la Communauté Européenne, puis de partir pour l'Eldorado bruxellois.

Hélas, passée cette jolie idée de départ, la pièce n'a pas grand-chose à dire, ni sur la folie ( dont le traitement, le plus souvent purement gaguesque, est plus qu'anecdotique ), ni sur l'Europe. Vacuité qui s'accuse quand à la fin l'auteur veut mettre les points sur les i et se met à laborieusement expliquer ce que le spectacle vient d'essayer de suggérer : à savoir que les vrais fous ne sont peut-être pas ceux que l'on croit, et que si l'Europe est malade, c'est de ne pas accepter la différence, qu'elle soit individuelle ou nationale. On a vu chez Didier Bezace des spectacles idéologiquement plus mordants que ce prêchi-prêcha humaniste.

Reste, il est vrai, un bel objet de théâtre : la pièce est très bien écrite et construite, la mise en scène soignée et l'interprétation irréprochable. Un bel objet, bien rond, bien huilé, comme le superbe décor de Philippe Marioge, mais qu'on se lasse un peu de voir tourner comme cela.

Vital Philippot

Le Colonel Oiseau
de Hrysto Boychtev -
mise en scène de Didier Bezace - traduction Iana-Maria Dontcheva - avec : Jean-Claude Bolle-Reddat, Jacques Bonnaffé, Patrice Bornand, Daniel Delabesse, Thierry Gibault, André Marcon, Marina Pastor - du 7 au 21 janvier à 21h00, dimanches à 16h00, relâche les lundis - durée 2 heures - Théâtre de la Commune - rens/résa : 01 48 33 93 93 - www.alegria.fr/theatre-commune


édiTARD

Plumes

Mp3

Radio flu

Interviews

Blog

Sudoku

Forum

Courrier