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Les Anciennes
Odeurs

de Michel Tremblay

Entretien avec
Christian Bordeleau

A propos du texte de
Michel Tremblay

Aktéon Théâtre
Adaptation de Christian Bordeleau - Mise en scène de Jean-Pierre Hané - Avec Christian Bordeleau et Jean-Pierre Hané - Lumières de Yves Bellot - Régie de Frédéric Duval
Aktéon Théâtre 11, rue du Général-Blaise (11ème arr.) M° Saint-Ambroise, Saint-Maur. les jeudis, vendredi et samedi à 21h30 et le dimanche à 16h30
100 F, 70 F. Résa 01.43.38.74.62

On découvre avant tout un décor, réaliste et un peu encombrant, un bureau, une table basse, deux fauteuils, et quelques objets, comme autant d’indices sur la personnalité de son occupant : des tableaux (Miro, Malévitch ?), l’affiche de Premier Amour de Samuel Beckett qui s’expose plus symboliquement sur un chevalet en fond de scène, une bonne pile du magazine Têtu et l’inévitable plateau portant une bouteille de cognac et quelques verres. C’est l’univers de Jean-Marc, professeur de français, écrivain "médiocre" selon ses propres révélations, et homosexuel. Au premier étage vit son amant actuel, Yves, que l’on ne verra jamais durant la pièce.

L’arrivée inattendue de Luc, ancien compagnon de Jean-Marc, acteur populaire et insatisfait, vient soudain bouleverser l’apparente tranquillité de Jean-Marc. Sous le prétexte (qui n’en est finalement pas un) de l’état mourant du père de Luc, s’ouvrent les discussions, comme les anciennes blessures, sur l’homosexualité, la fidélité, la création, sur l’amour tout simplement...

On sort de cette pièce ni bien, ni mal, ni enflammé, ni révolté. Les acteurs se défendent assez bien, malgré quelques balbutiements de la part de Jean-Pierre Hané, inévitables par son choix d’un débit rapide, et le physique parfois un peu gauche de Christian Bordeleau. On regrette surtout ce choix d’entrer dans le pathos de certains monologues comme dans un jeu de l’Actor’s studio pas abouti.

Et finalement, on se dit qu’on aimerait bien relire le texte... et refaire toute la mise en scène ! On commence par se remémorer le titre et, tout à coup, c’est la révélation : ce qu’il manque de façon si flagrante à ce spectacle, ce sont les odeurs ! Les comédiens n’ont retraduit que de façon cérébrale un texte qui exige physiquement le trouble, le désir, la nostalgie, la sensualité. De même, la présence invisible de Yves ne s’impose pas assez dans leur relation.

Et surtout, quand l’on comprend que parler d’homosexualité ne revient qu’à parler d’amour, on touche du doigt ce qu’est le véritable noeud dramatique de la pièce de Michel Tremblay : le père, le créateur.

Car si Jean-Marc et Luc savent qu’ils ne seront jamais pères, il leur est d’autant plus difficile d’accepter qu’ils ne sont que de médiocres créateurs. C’est la que réside la spécificité de cette pièce, le réel enjeu de la condition homosexuelle, qui malheureusement échappe à la démonstration. On regrette un peu que le metteur en scène et acteur Jean-Pierre Hané, apparemment si amoureux de ce texte qu’il en fait, n’ait pas su interroger nos sens plus que notre cerveau.

LaFou

Une interview de Christian Bordeleau

 

A propos du texte de Michel Tremblay

Conçues comme une addition d’émotions que deux anciens amants se jettent à la figure, Les Anciennes odeurs visent principalement l’affect du spectateur. Elles ne cherchent aucunement à provoquer une réflexion sur l’homosexualité, elles parlent de l’amour et des doutes de deux êtres qui se cherchent. Ce que Michel Tremblay propose, c’est une conversation théâtrale entre deux hommes qui, bien que séparés, n’arrivent pas à se quitter. Un doute, une angoisse, et le couple se reconstitue, du moins dans sa promiscuité émotionnelle. Mais si chacun revêt l’habit qui était le sien dans leur relation passée, Jean-Marc celui de mentor, Luc celui de l’élève doué avide d’émancipation, il se fait trop juste, difficile à porter.

Car dans leur éloignement, ils ont rencontré leur médiocrité. Le comédien prometteur a galvaudé son art dans une série télévisée, l’aspirant écrivain a découvert que ses écrits manquaient cruellement d’envergure. Tous deux cherchent dans l’évocation d’un bonheur commun un sens à leur rupture, une explication à leur désillusion. Avec à l’arrière plan le père de Luc à l’agonie, symbole de la création et de ses désillusions.

Bref, une énième déclinaison de l’après couple mâtinée d’angoisse existentielle.

Et c’est ici que le texte trouve ses limites, qu’il se révèle d’une navrante banalité. L’homosexualité n’est peut-être qu’une des formes de l’amour, mais une forme qui, du fait d’une marginalisation séculaire opérée par une société considérant l’hétérosexualité et la famille comme les piliers de sa civilisation, suscite de nombreuses interrogations, voire chez quelques-uns des réactions proches du fanatisme le plus rétrograde. Il ne s’agit pas que d’une pratique sexuelle différente. Les modes de comportement, le code amoureux, la formulation intellectuelle et affective de l’homosexualité sont particuliers. Ils sont nés d’une stigmatisation morale, voire pénale, non pas d’une minorité ethnique ou religieuse, mais d’une population aux pratiques longtemps considérées comme "déviantes", voire "contre-nature" ! Par cette approche, les allusions aux pratiques sexuelles d’un couple gay, l’évocation de l’outing, ne sont que des artifices maladroits utilisés par Michel Tremblay pour caractériser au plus vite un mode de vie.

A trop jouer sur l’universalité de l’amour, Michel Tremblay édulcore tellement la spécificité homosexuelle que sa pièce ne souffrirait pas d’une transposition dans l’univers d’un couple hétérosexuel. Et son traitement du trouble amoureux, une fois enlevé le décorum gay, se révélerait tel qu’il est : quelconque. A trop miser sur l’indifférence du sentiment amoureux, ce dialogue laisse l’auditoire... indifférent.

El Bolcho

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