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Ne risquions-nous pas dêtre extrêmement déçu par cette adaptation dun texte dévoré ? Il nen est rien. Toute la magie de la fable est là, magnifiée par
linterprétation de Balmer et une musique spécialement composée par Aldo Romano.
symbiose du jazz et de la java
Crissent les pages du Figaro, rajustez, cravates. Au delà de la cohue de notables, un public composite et qui a lheureux
mérîte de brasser les milieux, ce qui nest
pas le cas de toutes les scènes, se presse aux abords des caisses de la Pépinière. Il est presque 21 heures. La pièce de Balmer a bénéficié dune excellente
promotion depuis plus dun mois quelle est à laffiche. Le bouche à oreille a du opérer, par delà les publicités largement placardées dans les couloirs du métro et la
presse unanimement convoquée.
Rendez-vous sur scène secrètement désiré et craint, comme après toute grande lecture, il se trouve que pour qui a lu le magnifique texte dAlessandro Baricco,
linterprétation sur scène du tonitruant Novecento est un événement vibrant. Des retrouvailles à la fois heureuses et fidèles. Après quelques minutes dune entrée en
scène certainement trop littérale où, déguisé en une sorte dauvergnat, lacteur se contente de raconter le texte sur un mode mi cabotin, mi comique, Balmer explose,
il se fait conteur et comédien : et Baricco de renouveler sa magie comme au premier jour. Les métaphores nous bercent et réfléchissent limmensité de la mer, la
gamme vertigineuse de la musique faite vie. Nous ballottant de linfini au fini, du fini à cet infini, cest toute lhumanité qui se joue en effet dans cette fable
délicieusement métaphysique, campée à lespace dun paquebot, à léchelle du piano.
« Moi qui navais pas été capable de descendre de ce bateau, pour me sauver moi-même, je suis descendu de ma vie. Et chaque marche était un désir. A chaque
pas, un désir auquel je disais adieu. Je ne suis pas fou, mon frère. On nest pas fou quand on trouve un système qui vous sauve. On est rusé comme lanimal qui a
faim. La folie, ça na rien à voir. Cest le génie, ça. La géométrie. La perfection. »
Auteur vedette en Italie, Prix médicis étranger pour les
Châteaux de la colère en France, Baricco a connu un succès énorme en Europe avec
Soie, qui a caracolé en tête des ventes de longs mois durant.
Novecento : pianiste a été publiée par les mille et une nuits en 1994 et a été de nombreuses fois réimprimée. Toute la magie de
la fable jazz est là, magnifiée par linterprétation de Balmer et une musique spécialement composée par Aldo Romano, non pas de jazz justement. Mais vibrante de
souffle telle celle de Richard Galliano et revivifiant les sources du tango argentin, bandonéon et clarinette à fleur de peau. Et qui confirme la rengaine : Quand le jazz
et là, la java, la java, sen va
Quand la java est là
Et vive la symbiose !
Arnaud
Jacob
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