Le
spectacle qui se joue en alternance avec Manque déçoit un peu les admirateurs de
la figure de proue de lavant-garde new-yorkaise par une certaine rigidité dans le
traitement dun texte dont le génie reste encore à démontrer.Bernard Sobel qui monte volontiers des pièces historiques à fort contenu
politique (Brecht, Babel, théâtre élisabéthain) a choisi, cette fois, un texte de
Richard Foreman, figure emblématique d'une avant-garde new-yorkaise née dans les années
70 et encore active aujourdhui. (Un spectacle de Foreman a été présenté à la
Maison des Arts de Créteil au dernier Festival dAutomne.)
Dans Bad boy Nietzsche, il ne sagit pas de faire
dialoguer le philosophe avec un ou plusieurs de ses contemporains mais de le confronter à
trois autres personnages dont on ne saura pas grand chose. Leurs propos sont, de toutes
façons, aussi extravagants que le costume dune des jeunes femme, qui apparaît dans
une sorte de robe à panier et passe le temps en soufflant dans des bulles de savon.
Foreman force apparemment laspect déstabilisant du propos : obscène, souvent
incompréhensible, il tire les ficelles déjà usées de lhumour régressif.
Titina Masselli, la scénographe, a conçu un décor extrêmement
élaboré : elle a reproduit le Radeau de la Méduse en grand et en relief qui
vient occupé la quasi-totalité du plateau. Les comédiens vont donc tourner autour,
l escalader ou aller se perdre parmi les spectateurs. Nietzsche, en costume
dépoque semble, un peu désemparé tandis que les trois autres viennent le
contredire, le séduire, lasticoter tant et si bien quil finira par tous les
enfermer dans un entonnoir géant.
De Nietzsche il nest que lointainement question. La folie de
Foreman, si elle ne tourne pas à lhystérie, comme cétait le cas dans le
spectacle quil avait présenté à lautomne dernier, prend un tour
systématique. Plus que douvrir à un imaginaire, elle devient, elle aussi, une
convention.