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Un homme survit seul dans un espace désertifié par un
ultime conflit mondial. Il a organisé son quotidien
et rationalisé ses besoins dans une stricte économie
de subsistance. Le soulagement d'être débarrassé des
soucis du monde disparu, il est parfois saisi par l'indicible
mélancolie qui étreint aussi les héros du cinéaste Andrei
Tarkovski et, par bouffées récurrentes, le passé resurgit.
La beauté
du spectacle réside dans cet équilibre que l'acteur,
Yann Colette, parvient conserver. Sans cynisme ni mièvrerie
(deux écueils qui guettent une telle entreprise) il
donne corps au texte d'Arno Schmidt, évoluant sur la
ligne ténue qui concilie adhésion et distanciation.
L'arrivée d'une jeune femme (Marie Cariés) au dernier
tiers du spectacle fait brusquement se fissurer l'univers
obsessionnel que le héros avait minutieusement construit.
Autant le héros semblait enfermé dans le lieu qu'il
arpente (il tourne en rond, mesure ses pas, compte chacun
de ses gestes), autant la jeune femme semble se poser
comme au hasard de ses migrations. Son séjour auprès
du héros bouleverse une dernière fois son biotope en
apportant de la vie là où la mort règnera bientôt en
maître.
Malgré un
souci un peu réducteur de n'utiliser comme accessoires
que des objets suffisamment connotés "après-guerre"
pour ne laisser planer aucun doute sur l'époque de référence,
Patrick Sommier donne une très belle lecture du texte
d'Arno Schmidt et nous conduit à regretter que son œuvre
n'inspire pas plus souvent les metteurs en scène. En
un mot, il réussit admirablement à nous rendre proche
ce qui, pour nous, est déjà devenu du passé. Il réaffirme
la modernité de Miroirs Noirs et interroge avec
pertinence les certitudes de notre époque.
Julie
de Faramond
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