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Jusqu'au 23 décembre 2001 au Théâtre de l'Athénée

L'annonce faite à Marie
De Paul Claudel
Mise en scène de Matthew Jocelyn


Nous exprimions récemment à propos de l'Ecole des femmes notre curiosité teintée de scepticisme, pour la saison 2001-2002 de l'Athénée, entièrement consacrée à la commémoration de Louis Jouvet, la figure tutélaire du lieu.

Heureusement, L'Annonce faite à Marie échappe à la dimension pléonastique d'une Ecole des femmes ou d'un Knock "à la manière de" : principalement représentée lors de la tournée de Jouvet en Amérique latine et brièvement reprise en juin 1946, la pièce a une place secondaire dans le répertoire du maître… Quand il la monte elle a déjà une longue histoire derrière elle, à la fois littéraire (Claudel en est déjà à la deuxième version de sa pièce, qui est elle-même une réécriture du drame La jeune fille Violaine) et scénique (c'est la première pièce de Claudel à avoir été portée à la scène, par Lugné-Poë en 1912). D'ailleurs, Claudel n'approuvera pas la mise en scène de Jouvet.

Pourtant c'est avec une idée éminemment "jouvetienne" que Matthew Jocelyn s'est attaqué à l'Annonce faite à Marie : il envisage la pièce comme "une partition vocale", ses acteurs comme des musiciens. Et redouble le texte de Claudel, d'une autre partition, en l'occurrence écrite par le compositeur contemporain Philippe Boesmans, prise en charge par cinq chanteurs présents sur le plateau.

Le travail est impressionnant et rend justice aux versets de Claudel : le subtil tissage des voix des chanteurs et de celles des comédiens, elles-mêmes soit portées soit chuchotées (et amplifiées), est d'une grande beauté. Le dépouillement visuel et l'austérité du décor et de la mise en scène mettent justement ce travail au premier plan : on saura gré à Matthew Jocelyn de nous avoir épargné autant que possible l'imagerie sulpicienne, surtout à l'approche des fêtes. Autant que possible car L'Annonce faite à Marie vaut son pesant d'hosties. C'est la pièce sur laquelle s'est toujours pâmée la frange la plus catholique de la critique et du public claudéliens. Pur drame du sacrifice, la fable tient bien sa place dans le martyrologe chrétien : en embrassant le lépreux Pierre de Craon, la douce et pure Violaine entame un douloureux processus de renoncement au bonheur puis à la vie terrestre. Elle est à la fois Marie, qui réenfentera miraculeusement l'enfant de sa sœur Mara, et Jésus qui offre sa vie pour sauver les hommes.

La pièce, tissée de symboles religieux et de références à la liturgie catholique, est d'une lecture complexe pour le profane. Mais surtout, l'émotion qu'elle véhicule suppose une véritable adhésion au cathéchisme catholique. Il est difficile sinon, de vibrer à ce drame où tout est joué d'avance, long et univoque chemin vers la sainteté, et dont l'héroïne si parfaite n'a plus grand chose d'humain. On peut même s'agacer du sourire extatique que Catriona Morrison, la comédienne qui incarne Violaine, arbore du début à la fin du spectacle. Combien plus faillibles, plus proches, plus émouvants, sont les autres personnages : Pierre de Craon, le lépreux du Prologue, le naïf et faible Jacques Hury qui rejette Violaine, et surtout Mara, la sœur, véritable Caïn au féminin.

Aussi le moment le plus réussi du spectacle est sans doute paradoxalement celui où Matthew Jocelyn s'écarte le plus du texte de Claudel : lorsque, à la fin du second acte, Jacques et Mara organisent le départ de Violaine pour une léproserie, et s'accordent avec elle pour cacher à la mère la vraie raison de ce départ. Jacques, qui a alors abandonné ses airs et son parler de paysan, semble avoir appris le mensonge et la dissimulation. Il s'allume une cigarette qu'il partage avec Mara, dans un frisson délicieusement érotique. Cette cigarette, totalement incongrue, c'est la pomme du jardin d'Eden, c'est le non de Lucifer au Tout-Puissant, c'est toutes les tentations, toutes les transgressions du monde. C'est un superbe moment de théâtre, puissant et jubilatoire, qui tranche d'un coup avec la logorrhée claudélienne.

Le diable se niche dans les détails. Merci à Matthew Jocelyn de lui avoir fait une petite place.

Vital Philippot

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L'annonce faite à Marie - De Paul Claudel - Mise en scène de Matthew Jocelyn - Musique de chœur : Philippe Boesmans - Avec : Catriona Morrison, Marie-Eléonore Pourtois, José Drevon, Bruno Pesenti, Lionnel Astier, Hervé Gaboriau, Patrice Verdeil. Jusqu'au 23 décembre 2001 au Théâtre de l'Athénée, du mercredi au samedi à 20 h, mardi à 19 h, dimanche à 16 h, relâche le lundi. Location : 01 53 05 19 19
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