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Nous exprimions récemment à propos de l'Ecole
des femmes notre curiosité teintée de scepticisme,
pour la saison 2001-2002 de l'Athénée, entièrement consacrée
à la commémoration de Louis Jouvet, la figure tutélaire
du lieu.
Heureusement,
L'Annonce faite à Marie échappe à la dimension
pléonastique d'une Ecole des femmes ou d'un Knock
"à la manière de" : principalement représentée
lors de la tournée de Jouvet en Amérique latine et brièvement
reprise en juin 1946, la pièce a une place secondaire
dans le répertoire du maître… Quand il la monte elle
a déjà une longue histoire derrière elle, à la fois
littéraire (Claudel en est déjà à la deuxième version
de sa pièce, qui est elle-même une réécriture du drame
La jeune fille Violaine) et scénique (c'est la
première pièce de Claudel à avoir été portée à la scène,
par Lugné-Poë en 1912). D'ailleurs, Claudel n'approuvera
pas la mise en scène de Jouvet.
Pourtant
c'est avec une idée éminemment "jouvetienne" que Matthew
Jocelyn s'est attaqué à l'Annonce faite à Marie
: il envisage la pièce comme "une partition vocale",
ses acteurs comme des musiciens. Et redouble le texte
de Claudel, d'une autre partition, en l'occurrence écrite
par le compositeur contemporain Philippe Boesmans, prise
en charge par cinq chanteurs présents sur le plateau.
Le travail
est impressionnant et rend justice aux versets de Claudel
: le subtil tissage des voix des chanteurs et de celles
des comédiens, elles-mêmes soit portées soit chuchotées
(et amplifiées), est d'une grande beauté. Le dépouillement
visuel et l'austérité du décor et de la mise en scène
mettent justement ce travail au premier plan : on saura
gré à Matthew Jocelyn de nous avoir épargné autant que
possible l'imagerie sulpicienne, surtout à l'approche
des fêtes. Autant que possible car L'Annonce faite
à Marie vaut son pesant d'hosties. C'est la pièce
sur laquelle s'est toujours pâmée la frange la plus
catholique de la critique et du public claudéliens.
Pur drame du sacrifice, la fable tient bien sa place
dans le martyrologe chrétien : en embrassant le lépreux
Pierre de Craon, la douce et pure Violaine entame un
douloureux processus de renoncement au bonheur puis
à la vie terrestre. Elle est à la fois Marie, qui réenfentera
miraculeusement l'enfant de sa sœur Mara, et Jésus qui
offre sa vie pour sauver les hommes.
La pièce,
tissée de symboles religieux et de références à la liturgie
catholique, est d'une lecture complexe pour le profane.
Mais surtout, l'émotion qu'elle véhicule suppose une
véritable adhésion au cathéchisme catholique. Il est
difficile sinon, de vibrer à ce drame où tout est joué
d'avance, long et univoque chemin vers la sainteté,
et dont l'héroïne si parfaite n'a plus grand chose d'humain.
On peut même s'agacer du sourire extatique que Catriona
Morrison, la comédienne qui incarne Violaine, arbore
du début à la fin du spectacle. Combien plus faillibles,
plus proches, plus émouvants, sont les autres personnages
: Pierre de Craon, le lépreux du Prologue, le naïf et
faible Jacques Hury qui rejette Violaine, et surtout
Mara, la sœur, véritable Caïn au féminin.
Aussi le
moment le plus réussi du spectacle est sans doute paradoxalement
celui où Matthew Jocelyn s'écarte le plus du texte de
Claudel : lorsque, à la fin du second acte, Jacques
et Mara organisent le départ de Violaine pour une léproserie,
et s'accordent avec elle pour cacher à la mère la vraie
raison de ce départ. Jacques, qui a alors abandonné
ses airs et son parler de paysan, semble avoir appris
le mensonge et la dissimulation. Il s'allume une cigarette
qu'il partage avec Mara, dans un frisson délicieusement
érotique. Cette cigarette, totalement incongrue, c'est
la pomme du jardin d'Eden, c'est le non de Lucifer au
Tout-Puissant, c'est toutes les tentations, toutes les
transgressions du monde. C'est un superbe moment de
théâtre, puissant et jubilatoire, qui tranche d'un coup
avec la logorrhée claudélienne.
Le diable
se niche dans les détails. Merci à Matthew Jocelyn de
lui avoir fait une petite place.
Vital
Philippot
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de Flu.
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L'annonce faite à Marie - De Paul Claudel - Mise
en scène de Matthew Jocelyn - Musique de chœur : Philippe
Boesmans - Avec : Catriona Morrison, Marie-Eléonore
Pourtois, José Drevon, Bruno Pesenti, Lionnel Astier,
Hervé Gaboriau, Patrice Verdeil. Jusqu'au 23 décembre
2001 au Théâtre de l'Athénée, du mercredi au samedi
à 20 h, mardi à 19 h, dimanche à 16 h, relâche le lundi.
Location : 01 53 05 19 19
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