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jusqu'au 28 octobre au Théâtre de Gennevilliers

Le Mandat
Nikolaï Erdman
traduction Philippe Jaccard
Mise en scène de Bernard Sobel


Entre Karl et Groucho

Moscou, 1925. Un an après la mort de Lénine, Staline a commencé sa résistible ascension et Trotski n'a pas encore pris le chemin de l'exil. De cela, il n'est sera pourtant pas question, sinon très indirectement, dans Le Mandat de Nikolaï Erdman que Bernard Sobel a monté au théâtre de Gennevilliers. Il sera plutôt d'un père qui réclame un communiste comme dot à la future belle-mère de son fils, d'une cuisinière qui lit en douce des romans à l'eau de rose, d'un voisin qui persiste à garder sur le chef une casserole renversée afin de prouver le préjudice qu'il a subi. 
Une comédie qui évoque plus un film des Marx Brothers que les images et les récits que l'on est accoutumé à associer à une telle époque. En réalité, de cette trépidante comédie sourd une amère description de la société soviétique telle qu'elle s'est figée dans le bureaucratisme et le mensonge huit ans à peine après la Révolution d'Octobre. Les inégalités persistent, dissimulées derrière des apparences de bolchévisation, comme le montrent les efforts désespérés du riche Smétanitch de faire entrer un communiste (ou plutôt un membre du Parti) dans sa famille.

Car de communistes proprement dits, on en entendra beaucoup parler, mais l'on n'en verra pas l'ombre d'un. Les artistes de rue, transformés en cousins pour l'occasion, se trouvent des origines ouvrières quand cela les arrange, malgré le mépris souverain que le prolétariat leur inspire. Le voisin considère la milice comme un moyen simple et efficace d'arriver à des fins revanchardes. Pavel, enfin, cherche à entrer au parti pour permettre à sa sœur de faire un riche mariage ; à la fin, prenant son rôle au sérieux, il se propose de faire exécuter tout un chacun.
Bref, le drame de l'Union Soviétique est contenu tout entier dans cette pièce. C'est précisément en encourageant de tels comportements que Staline se hisse au sommet du pouvoir soviétique. C'est en recrutant des militants et des cadres à qui manque la culture politique de leurs aînés (les anciens bolcheviks étant mis à l'écart et bientôt éliminés) et formés à lui faire allégeance, qu'il construit la machine politique destinée à le faire gouverner en autocrate et à anéantir toutes formes d'opposition à son pouvoir personnel.
Ainsi, à l'image de la vue du port de Copenhague dont le verso est orné d'un portrait de Karl Marx, le sol, les meubles, les accessoires et jusqu'aux costumes sont recouverts de collages de photographies à l'image de ceux que l'avant-garde plasticienne pratiquait dans les années 20. Il s'agit bien d'une façade ! Le nouveau régime conduit ces personnages à dissimuler leur attachement au passé derrière un communisme de façade qui n'a, alors, rien à voir avec une quelconque avant-garde. Lorsque que le plateau se retourne, c'est pour faire apparaître un envers identique à l'endroit : là où tsariste et communiste forment un seul et même personnage, le port de Copenhague et Karl Marx ne font plus qu'un.

Julie de Faramond

Le Mandat de Nikolaï Erdman
traduction Philippe Jaccard, mise en scène Bernard Sobel avec les élèves de 3e année de l'Ecole Régionale d'Acteurs de Cannes

jusqu'au 28 octobre au Théâtre de Gennevilliers du mardi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 h
Places : 140, 90 et 70 fr
Réservations au 01 41 32 26 26


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