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Jusqu'au 21 décembre 2001 au Théâtre National de la Colline

La princesse Maleine
De Maurice Maeterlinck
Mise en scène Yves Beaunesne


Le mouvement a fait si peu de bruit, laissé si peu de traces, qu'il n'est même pas sûr qu'il ait réellement existé : y a-t-il eu un théâtre symboliste ? Si la catégorie existait, l'œuvre du belge Maurice Maeterlinck y tiendrait une place écrasante : c'est dans ses drames Pelléas et Mélisande, Les Aveugles ou La Princesse Maleine, entre autres, que l'on trouve la tentative la plus cohérente et la plus talentueuse de s'opposer à l'embourgeoisement et au naturalisme du théâtre francophone de l'époque. Un siècle après, la force novatrice et provocatrice de ces pièces a disparu, mais leur singularité reste entière. Cette singularité, cette étrangeté, qui font que l'on n'y est jamais très sûr de ce que l'on voit et de ce qu'on l'entend ; et que l'on devine que c'est justement tout ce que l'on ne voit et n'entend pas qui importe.

Pot pourri de réminiscences shakespeariennes et de légendes nordiques, La Princesse Maleine offre à l'imaginaire un matériau de choix : noirs donjons et sombres forêts, roi fourbe et reine maléfique, prince révolté et princesse sacrifiée, tout en nous disant qu'il ne faut pas vraiment y croire et que la vérité est ailleurs. Yves Beaunesne s'est attaché à respecter fidèlement ce programme : son décor épuré et stylisé, ses lumières, les déplacements et les pantomimes des personnages, et surtout une diction antinaturaliste, qui étire ou écorche les mots et fait retentir les silences, tout concourt à tirer la pièce vers l'onirisme. Mais si elles permettent de déréaliser encore un peu plus la fable qui nous est donnée à voir, il n'est pas sûr que les trouvailles du metteur en scène nous mettent toujours sur la voie de "l'intrigue intérieure" qui s'y noue : souvent fascinant, le spectacle d'Yves Beaunesne est parfois tout simplement chichiteux, à force d'afféteries vocales et corporelles.

On ne retiendra que les premiers moments, qui reposent souvent sur la grâce et l'engagement du couple Maleine/Hjalmar (Audrey Bonnet et Florian Goetz) : leur rencontre dans la forêt notamment, chorégraphie touchante et burlesque, est un superbe moment de mise en scène. Après un ronronnant Mois à la campagne d'après Tourgueniev, Yves Beaunesne confirme ainsi son retour en forme et continue à creuser son sillon personnel : "C'est une pièce où il est question d'amour, de grâce, de sexualité, de sacrifice." Comment ne pas penser au spectacle vibrant qui l'a lancé, L'Eveil du printemps de Wedekind ?

Vital Philippot

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La princesse Maleine
De Maurice Maeterlinck
Mise en scène Yves Beaunesne Avec : Roland Bertin, Audrey Bonnet, Florian Goetz, Dominique Valadié, etc. Jusqu'au 21 décembre 2001 au Théâtre National de la Colline, du mercredi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 15 h 30, le mardi à 19 h 30. Location 01 44 62 52 52
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