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Le mouvement a fait si peu de bruit, laissé si peu de
traces, qu'il n'est même pas sûr qu'il ait réellement
existé : y a-t-il eu un théâtre symboliste ? Si la catégorie
existait, l'œuvre du belge Maurice Maeterlinck y tiendrait
une place écrasante : c'est dans ses drames Pelléas
et Mélisande, Les Aveugles ou La Princesse
Maleine, entre autres, que l'on trouve la tentative
la plus cohérente et la plus talentueuse de s'opposer
à l'embourgeoisement et au naturalisme du théâtre francophone
de l'époque. Un siècle après, la force novatrice et
provocatrice de ces pièces a disparu, mais leur singularité
reste entière. Cette singularité, cette étrangeté, qui
font que l'on n'y est jamais très sûr de ce que l'on
voit et de ce qu'on l'entend ; et que l'on devine que
c'est justement tout ce que l'on ne voit et n'entend
pas qui importe.
Pot pourri
de réminiscences shakespeariennes et de légendes nordiques,
La Princesse Maleine offre à l'imaginaire un
matériau de choix : noirs donjons et sombres forêts,
roi fourbe et reine maléfique, prince révolté et princesse
sacrifiée, tout en nous disant qu'il ne faut pas vraiment
y croire et que la vérité est ailleurs. Yves
Beaunesne s'est attaché à respecter fidèlement ce programme
: son décor épuré et stylisé, ses lumières, les déplacements
et les pantomimes des personnages, et surtout une diction
antinaturaliste, qui étire ou écorche les mots et fait
retentir les silences, tout concourt à tirer la pièce
vers l'onirisme. Mais si elles permettent de déréaliser
encore un peu plus la fable qui nous est donnée à voir,
il n'est pas sûr que les trouvailles du metteur en scène
nous mettent toujours sur la voie de "l'intrigue intérieure"
qui s'y noue : souvent fascinant, le spectacle d'Yves
Beaunesne est parfois tout simplement chichiteux, à
force d'afféteries vocales et corporelles.
On ne retiendra
que les premiers moments, qui reposent souvent sur la
grâce et l'engagement du couple Maleine/Hjalmar (Audrey
Bonnet et Florian Goetz) : leur rencontre dans la forêt
notamment, chorégraphie touchante et burlesque, est
un superbe moment de mise en scène. Après un ronronnant
Mois à la campagne d'après Tourgueniev, Yves
Beaunesne confirme ainsi son retour en forme et continue
à creuser son sillon personnel : "C'est une pièce
où il est question d'amour, de grâce, de sexualité,
de sacrifice." Comment ne pas penser au spectacle
vibrant qui l'a lancé, L'Eveil du printemps de
Wedekind ?
Vital
Philippot
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La princesse Maleine
De Maurice Maeterlinck
Mise en scène Yves Beaunesne Avec : Roland Bertin, Audrey
Bonnet, Florian Goetz, Dominique Valadié, etc. Jusqu'au
21 décembre 2001 au Théâtre National de la Colline,
du mercredi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 15 h
30, le mardi à 19 h 30. Location 01 44 62 52 52
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