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Théâtre populaire
1953-1964
histoire dune revue engagée
de Marco Consolini |
Un ouvrage comme celui de Marco Consolini semble fait pour encourager
tous ceux qui tentent, peu ou prou, de sexercer à la critique de théâtre. Il démontre
comment, malgré vents et marées, une revue Théâtre populaire a, par lexigence de sa ligne éditoriale et lintransigeance de ses choix (même sils furent violemment
controversés), considérablement modifié non seulement le regard que le public est amené à porter sur le théâtre mais aussi le monde théâtral lui-même. Cest
pourquoi Théâtre populaire 1953-1964, histoire dune revue engagée, ne sadresse pas aux seuls historiens du théâtre mais à tous les spectateurs daujourdhui car
il raconte comment dun divertissement bourgeois, le théâtre est devenu (du moins en partie), au tournant des années 60, un espace dexpérimentation.
Lhistoire commence par la nomination de Jean Vilar à la direction du Théâtre National Populaire (TNP) en 1951. La volonté de fidéliser un public populaire le
conduit à inaugurer un nouvel accueil du public : prix modique des places, suppression des pourboires aux ouvreuses, horaires des représentations avancés etc. et à
vendre les textes intégraux des pièces représentés, très bon marché, à lentrée du théâtre. À cela sajoute la création dune revue ayant la vocation de publier des
chroniques de spectacles, des articles de fond et une pièce inédite. Ce sera la revue Théâtre populaire.
Roland Barthes, Bernard Dort, Jean Duvignaud furent les premiers rédacteurs de cette revue qui connut un tournant capital en juin 1954, lorsque Brecht et le
Berliner Ensemble vinrent à Paris présenter Mère Courage. Ce que Barthes ne craindra pas dappeler « une illumination » transforma le regard que Théâtre
populaire portait sur le théâtre. Le but nétait plus de réunir un public disparate sous un commun idéal quon nommerait aujourdhui « citoyenneté » comme le
cherchait Vilar, mais de diviser le public.
Marco Consolini sattarde sur la querelle en tant quelle forge durablement lidentité de la revue : de ses rédacteurs et de leurs adversaires qui, en attaquant le
dogmatisme de Théâtre populaire, dévoilaient bien souvent, derrière la liberté quils revendiquaient, leur attachement à un théâtre finalement très rétrograde. Entre
1954 et 1960, Théâtre populaire divisa la critique, les metteurs en scène et, dans une moindre mesure, les lecteurs. Les dernières années de la vie de la revue seront,
en revanche marquées par une certaine lassitude. Le départ de plusieurs collaborateurs réguliers, la popularité grandissante de Brecht inséparable de sa «
récupération » par des hommes de théâtre opposés au fond aux théories
brechtiennes, lincompréhension enfin devant lapparition dune nouvelle avant-garde qui se
définissait autant comme héritière dArtaud que de Brecht (le Living Theatre pour ne citer que celui-là), tout cela contribua à la dissolution de Théâtre populaire en
1964.
Le livre de Marco Consolini est à la fois un ouvrage clair et concis qui permet à ceux qui découvrent lhistoire du théâtre contemporain den comprendre les enjeux,
et une recherche très documentée qui aide à éclaircir des points précis de cette période complexe.
Julie
de Faramond
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Théâtre populaire 1953-1964,
histoire dune revue engagée
de Marco Consolini.
IMEC, Collection L'édition contemporaine
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