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Au
début des années 80, Mladen Materic crée en Yougoslavie,
le théâtre Tattoo. La troupe impose alors "l'action"
comme langage absolu.Très peu de mots articulés donc,
pour cette forme d'expression qui veut forger à partir
des gestes les plus simples, une mythologie du quotidien.
Avec "La Cuisine", cette fois encore, Mladen Materic
signe un spectacle qui exalte la mémoire à travers le
rapport aux objets familiers, mais il y introduit une
dimension nouvelle de taille : la parole. Et pas
n'importe laquelle, puisqu'il s'agit de celle de Peter
Handke.
Après
L'Odyssée, son dernier spectacle, le Théâtre
Tattoo explore un espace nettement plus restreint, puisqu'il
s'agit d'une cuisine. Pourtant cet espace clos devient
le champ d'une exploration ontologique et anthropologique
presqu'aussi vaste que l'immensité des océans. Onze
acteurs-danseurs le peuplent de soubressauts, d'allées
et venues parfaitement chorégraphiées, d'embrassades
et de rebuffades, inscrivant au coeur de la simplicité
du lieu, l'évidence et la complexité des relations humaines.
En somme, Materic et sa troupe mène à rebours l'expérience
de L'Odyssée. Ici, c'est de la banalité que le
mythe surgit. Là, c'était le mythe que l'on tentait
de rapprocher du quotidien. Dans tous les cas, il est
question d'apprivoiser les archétypes.
On
ne rencontre rien de prétentieux dans le travail du
Théâtre Tattoo. Seuls la simplicité, l'humour, la grâce
et une certaine dose de mélancolie anime la cuisine,
qui étrangement devient le lieu de transit et d'échange
par excellence. Parmi des objets doués de vie, une boîte
de fer blanc sur laquelle danse une espagnole, une commode
qui s'acôte d'un mur à l'autre, une table qui tangue
au gré des événements, c'est tout simplement
la vie qui passe. Mort contre vie : on accouche
sur la table. Vie contre mort : on liquide sous
la table. Vie : on compte son argent. Mort :
on compte ce qu'il nous reste à vivre. Lieu de toutes
les substitutions, espace des ressources vitales, la
cuisine c'est aussi l'endroit où l'on se souvient, où
l'on se réveille, où l'on se nourrit. Materic nous le
rappelle malicieusement et parvient avec un certain
onirisme à faire de cette simple pièce en petit cosmos,
lui restituant l'étendue de sa dimension symbolique.
Virginie
Lachaise
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de Flu.
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La cuisine de Mladen Materic et Peter Handke
Création du Théâtre Tattoo
Au théâtre de la Bastille avec Damien Bernard Paul Chiributa,Thierry
Dussout, Loreen Farnier, Emmanuelle Hiron, Hugo Lehmann,
Arthur Mialet, Cathy Pollini, Haris Resic, Sodadeth
San, Tihomir Vujicic, Josiane Wilson
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