Attention : il sappelle Jean-Baptiste Clamence, exerce lénigmatique
profession de juge-pénitent, cest un dandy séducteur qui boit sans doute un peu
trop mais qui est surtout trop bavard et a envie de se confier : quand il vous tient,
il ne vous lâche plus
Au début, on aimerait bien sen débarrasser
gentiment pour siroter tranquillement un verre dans ce bar dAmsterdam dans lequel il
est venu nous harponner. Il a lair un peu jeté, un peu à la dérive et on
sattend bien sûr à la complainte commune à ces êtres quon croise dans les
ports. On lécoute quand même
Et puis, par paliers successifs, il nous
entraîne dans la profondeur de sa conscience hantée par un souvenir lointain : le
suicide dune inconnue qui sest jetée dun pont sous ses yeux et
quil na pas secourue. Et lintrus devient alors un ami, un double.
Ce dialogue implicite, parsemé de formules
percutantes et danecdotes piquantes, écrit en 1956, est la dernière uvre de
fiction de Camus. Le ton est à la fois enjoué et désenchanté : Clamence parle de
lui, mais surtout de nous, de nos manques, de nos lâchetés, et de notre difficulté,
voire de notre culpabilité de vivre.
On est touché par le texte empreint dune
lucide mélancolie, par le jeu de Jean Lespert à la fois fiévreux et sarcastique, mais
on sort peu convaincu par la mise en scène de Michel Miramont qui est inexistante. Les
rares éléments de décor sont peu utilisés et leur gratuité saute aux yeux : le
banc qui occupe durant tout le spectacle la quasi-totalité de la scène ne semble là que
pour figurer bien artificiellement un port ou les abords dun pont parisien
Il
y aurait cependant eu sans doute un beau travail à réaliser pour rendre encore plus
visibles les réminiscences de Clamence et pour porter ce texte il est vrai suffisamment
fort pour tenir le spectateur.
Emma