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au Théâtre
Montparnasse
jusquau 31 décembre |
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Fernando
Krapp
ma écrit cette lettre
de Tankred
Dorst
mise en scène de Bernard Murat
Avec Niels Arestrup, Emmanuelle Segnier |
Bernard Murat est un habitué des mises en scènes très médiatisées, essentiellement parce quil travaille avec des comédiens célèbres, souvent venus du cinéma. Pour
mémoire, il a déjà mis en scène La Note Bleue lan dernier avec le couple (sur scène comme dans la vie) Daniel Auteuil-Marianne Denicourt et Duo pour un violon
seul, sur le même principe, avec Francis Huster et Christiana Reali en 1998. Pour Fernando Krapp ma écrit cette lettre, il ne déroge pas à la règle et fait appel à
Emmanuelle Seigner et Niels Arestrup. Il donne ainsi à lactrice de cinéma (et épouse de roman Polanski) son premier rôle au théâtre . Elle est confrontée à un
monstre du théâtre français : malheureusement connu aujourdhui pour avoir trop appuyé des gifles lors de répétitions mouvementées, Niels Arestrup est surtout un
comédien extraordinaire (au sens propre du terme).
Cette affiche médiatique assure le succès de la pièce et rend sceptique quant aux autres parti-pris de mise en scène.
Le décor situe laction volontairement dans un espace-temps non identifiable afin de signifier luniversalité de la pièce. En fait, nourri par une lumière sensuelle et
dorée qui passent à travers de grands volets qui font office de murs, il évoque davantage les paysages des tableaux chiadés des peintres américains comme Hopper.
Le décor apparaît alors comme un élément essentiellement esthétique et gratuit de mise en scène (soyons honnêtes : les volets peuvent aussi symboliser la
dissimulation, le mensonge).
La grande faiblesse de cette pièce, cest, étrangement, quelle donne limpression dune direction dacteurs insuffisante et imprécise. Le jeu des comédiens,
particulièrement au début de la pièce, est souvent forcé, là où des nuances auraient été bienvenues. Ainsi Emmanuelle Seigner crie-t-elle un peu trop et
accentue-t-elle un peu trop les émotions de son personnage.
La gestuelle des comédiens semble empruntée et sonne faux, comme si Bernard Murat ne savait pas comment faire exister et parler les corps dans lespace.
Limpression générale est alors celle dune pièce bavarde, manquant de temps de silence et laissant peu de place au langage des corps.
Mais la très bonne surprise de Fernando Krapp ma écrit cette lettre, cest de découvrir des auteurs absolument inconnus en France : Tankred Dorst, un allemand,
lui-même réécrivant une nouvelle du début du siècle dun autre inconnu lespagnol Miguel de
Unamuno.
Le point de départ contient déjà toute la subtilité, faite de décalages, de la pièce : un homme riche sachète la plus belle femme du village. Il lui prédit que malgré ses
protestations, un jour elle laimera. Cest ce qui se produit.
Sur cette base, la pièce soulève des questions sur lamour (pourquoi aime-t-elle cet homme? Et lui, laime mais refuse de le lui avouer ; il la détruit mais se détruit
avec elle) et sur la vérité (qui ment ? Passe-t-elle pour folle ou lest t-elle vraiment ? Mais qui est réellement fou ?...on se croirait dans du Pirandello !), Les ruptures
de ton et les décalages sont nombreux, faisant osciller la pièce entre moments dhumour et poésie dramatique.
Fernando Krapp est un être plein de puissance et de suffisance, qui refuse la civilisation dans ce quelle a de précieux, de convenu et denfermant. Lui est bestial et se
targue de parler crûment et de dire la vérité (là encore les choses ne sont pas si simples car des passages de la pièce reposent sur lambiguïté de ses propos, voire
sur le mensonge).
Niels Arestrup interprète Fernando Krapp, plus exactement il est Fernando Krapp. Son jeu de comédien, cest la vie, avec toute son énergie dévastatrice et ses
multiples facettes qui se voilent et se dévoilent en quelques secondes. Niels Arestrup incarne la vie mais il est ailleurs aussi, dans un autre monde, le sien, si particulier
quen dépit de son échange avec ses partenaires, il reste toujours radicalement différent. Le voir est un immense plaisir de théâtre.
Face à lui, Emmanuelle Seigner devait exister ; ce qui est loin dêtre facile. Elle interprète une jeune femme superbe ; cest son physique qui établit le lien avec Krapp
et qui structure le texte. A ce titre là, même si son jeu ne convainc pas toujours, la comédienne est parfaite de beauté, délégance et de finesse.
Au final, on retiendra de cette pièce la découverte dun texte qui évoque Pirandello et Pinter dans son regard sur la vérité et sur la bestialité de lêtre et la
confirmation (mais nest ce pas déjà fait depuis longtemps ?) que Niels Arestrup est lun des grands comédiens de notre théâtre.
Elodie Rousseau
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Fernando
Krapp ma écrit cette lettre
de Tankred Dorst
daprès une nouvelle de Miguel de Unamuno
adaptation de Bernard Lortholary
mise en scène de Bernard Murat
avec Niels Arestrup, Emmanuelle Seigner, Jacques Brunet, Stéphane Höhn
Théâtre Montparnasse
31, rue de la Gaîté (14ème arr.)
Métro / accès : M° Edgar-Quinet, Gaîté,
Montparnasse-Bienvenüe.
Tarif : 240 F, 170 F, 90 F.
Réservations : du lun. au sam. de 11h à 19h.
Téléphone : 01.43.22.77.74
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