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Du 16 au 19
novembre au théâtre des Gémeaux |
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Ivanov
Mise en scène d'Eric Lacascade |
On entre dans la salle, un
peu gêné, n'osant trop remuer, évitant de parler fort : le terrain est déjà habité
par des personnages surpris dans leur intimité, leur oisiveté. Les voilà qui nous
regardent, mi-méprisants, mi-ennuyés. Les gestes sont lacunaires, stéréotypés et
répétitifs. Soudain, la mécanique s'emballe. Et comme des automates ils se mettent
à proférer avec une forme de cruauté les mots de la banalité. On devient captif de la
langue de Tchekhov, soufflé par son intransigeance, qui plus que jamais dans Ivanov,
lime les ressorts de l'esprit, évacue les illusions, décortique les mauvaises fois...
Ivanov, c'est l'excès qui se transforme en impuissance : l'usure devenue chair. Jeune
homme, il était celui qui entraînait tous les curs après lui et rêvait d'actions, de
révolutions. Désormais séducteur apathique, il devient l'inadmissible figure de celui
qui a renoncé à tout. Pourtant, grain de sable dans la machine, chacun s'échine encore
à le rappeler à soi, par l'amour, l'argent, l'amitié, parce ce qu'on le sent bien, le
nihilisme est une maladie contagieuse... il faut l'éradiquer. Trop tard. Ivanov, n'est
plus capable d'éprouver quoi que ce soit. La seule chose qu'il puisse encore exercer,
c'est l'injustice et le sadisme à l'égard d'Anna, sa femme, la juive, l'errante, la
maladive Anna.
La mise en scène d'Eric Lacascade, résolument moderne, opte pour le minimalisme. Quatre
couleurs suffisent à peindre la pièce : le rouge, le noir, le blanc et le gris. Dans un
décor dépouillé où ne subsistent que quelques angles auxquels il faut bien se cogner
encore pour faire semblant d'exister, les personnages de la fable tchékovienne se livrent
à une bien étrange chorégraphie. Inspiré du travail de Gordon Craig, le manège
syncopé des comédiens privilégie les déplacements linéaires et symétriques, les
attitudes dansées extrêmement codées, symboliques, qui expriment l'essence de la
situation dans laquelle tous sont englués : l'ennui mondain.
Certes, la mise en scène de Lacascade se fourvoie de temps à autres dans une forme
d'esthétisme. Il n'empêche qu'il y a dans ce spectacle, des moments d'une rare
intensité.
Virginie
Lachaise
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l'entretien avec Eric
Lacascade
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