La Grande salle de La Colline. Blindée. Pas une place.
Le rideau se lève. Sur une scène courte : une avant-scène, qui décrit une gare.
Escaliers métalliques. Bancs métalliques. Drapeaux rouges, bouquets de fleurs et
orchestre prêts à accueillir Mr Khoz, le personnage principal.
Il arrive enfin. Laid. Déclamant le désarroi
existencialiste de Platonov comme si c'était du Corneille, et les remarques de l'auteur
sur le communisme à la manière d'un acteur de Boulevard. Au bout de deux phrases, il
ennuie. Au bout de quatre, la salle se vide.
Entrée en scène de Judith Henry la très
vivante. On respire un peu. On se dit, tout n'est pas perdu. Malheureusement elle se
limite à ce pouvoir étrange que lui confère sa voix et sa mignonne petite personne.
Aucun risque - sinon celui de travailler avec un tel metteur en scène.
La gare disparaît dans les cintres et nous
voici au kolkhoze. Peinture marronnasse en fond de scène. Colline de terre au milieu du
plateau. Petite cabane en bois, à jardin. Le plateau est immense. Aucun
des acteurs ne semble crever l'espace, ni les costumes - hyper réalistes - ni le décor -
réalistico - intello - contemporain. Le texte ne nous parvient qu'abstrait et
inconsistant. Une énorme masse compacte, complexe, mal digérée.
L'histoire : dans les années 30, un homme de
sciences arrive d'occident dans le but d'observer le système économique russe. A la
gare, il plaque son amante hollandaise et la délégation officielle chargée de lui faire
visiter le pays pour suivre une jeune femme présidente de kolkhoze (Judith Henry). Ils
mourront de faim lentement, dans une atmosphère terrible de délation et de paranoïa,
victimes de la folie stalinienne. C'est peut-être le seul mérite que je salue chez ce
metteur en scène. Celui d'avoir choisi un texte difficile - voire inmontable -jamais
joué encore.
Ceci mis à part, il n'y a rien de nouveau.
Cette pièce, vous l'avez déjà vue mille fois. Sur toutes les scènes nationales. Celles
où l'on s'ennuie, où le maître de cérémonie n'a fait aucun choix artistique réel -
il aurait bien trop peur de perdre ses subventions. Où de vieux acteurs s'escriment à
parler aussi vide qu'au français, où de jeunes gens très raides n'ont rien d'autre à
montrer qu'une mine palote et des mains bien blanches, bien délicates.
Rien, pas un soupir, pas un cri qui nous
émeuve - alors que texte est tragique, réellement tragique. Le seul acteur qui tienne la
route, c'est l'extrémiste. Peut-être parce que son rôle ne présente aucune
ambiguïté, aucune contradiction, qu'il est tout d'un bloc...
Encore une pièce qui m'a mise d'humeur
charmante.
La Mouche |
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ISBAS ROUGES
texte : Andréi Platonov
texte français : Louis Martinez
mise en scène Christophe Perton
avec : Gauthier Baillot, Pierre Baillot, René Beaubois, Rodolphe Congé, Gilles
Gaston-Dreyfus, Michèle Godet, Judith Henry, Philippe Lehembre, Afra Val d'Or
Assistante mise en scène : Fadhila Mas
du 7 janvier au 5 février 2000 - mardi à 19h30, mercredi, vendredi, samedi à
20h00, dimanche à 15h30
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