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jusqu'au 22 oct. au Théâtre de le cité internationale

L'idéaliste magique
Teatrino Clandestino
Pietro Babina

« Nous recherchons partout l’absolu, mais nous ne trouvons que des choses » 
Novalis


Petite leçon d’électricité à la lueur de la chandelle.


Spectacle insolite, romantique et délicieusement désuet, L’Idéaliste Magique par la troupe du Teatrino Clandestino nous transporte sans complexe sur les lieux d’une expérience scientifique telle qu’il s’en pratiquait au XIXème siècle. A l’époque, le public considérait encore les avancées de la science au mieux comme des inventions proprement artistiques dignes de devenir l’objet d’une représentation, au pire, comme des attractions proches des phénomènes de cirque. La petite troupe bolognaise sous la houlette de Pietro Babina décide d’inverser la vapeur et de faire de l’invention scientifique l’objet de sa pratique théâtrale. Aussi, c’est avec le sérieux des rêveurs et un respect de l’histoire que les trois comédiens décident de reconstituer une soirée électrostatique dans les règles. 

Un pas dans la Resserre du théâtre de la Cité Internationale et voilà le spectateur propulsé un siècle et demi en arrière. On le dote immédiatement d’une paire de jumelles, parce qu’évidemment, tout spectateur bourgeois qui se respecte se doit d’observer les détails pour appréhender le fonctionnement des choses. Face à lui, une énorme cage métallique, que le contexte désigne aussi comme une cage de Faraday géante, emprisonne le décor et les comédiens. Il fait sombre et un air de requiem s’échappe de manière ininterrompue de l’orgue à pédale manié par un personnage tout aussi sombre, le narrateur. Ce dernier, de dos, se fond dans l’obscurité et ne livre au public que sa face blafarde réfléchie dans le miroir qui lui fait front. Sur un fauteuil de velours cramoisi, le savant attend le moment où il interviendra, tandis que son assistante en robe de taffetas bleu prend des airs d’Emma Bovary. 

Et étrangement, la reconstitution historique, si méticuleuse, tourne à la scène onirique. Pas une lumière artificielle, pas un son électronique ne viendront rompre le charme du passé durant tout le spectacle. A l’heure de l’électronique et de la prodigalité du génie électrique sans génie, à l’heure des expériences scientifiques en séries sur des sujets si inouïs qu’il est parfois préférable de ne pas en parler, à l’heure enfin où le progrès fait partie du présent, un présent qui le consomme tous les jours, à chaque minute sans même s’en rendre compte, quel incroyable dépaysement d’assister à un spectacle qui a pour sujet l’électricité et se plonge dans un clair-obscur nourri de l’onde lumineuse de quelques bougies. 

L’Idéaliste magique est un petit bijoux, un poème généreux qui prend un air minimaliste et s’empare du masque de la reconstitution électrostatique pour réfléchir sur les enjeux et les possibilités de la création artistique. Car finalement, qu’entend-on entre les lignes encyclopédiques qui étalent les mérites d’une profusion de savants si ce n’est cette petite question pas si simple : l’expérience objective est-elle issue d’une expérience intérieure ou devient-elle expérience intérieure ? Un moment du spectacle peut peut-être nous éclairer sur ce point : les comédiens n’hésitent pas à enchaîner le public avec de vraies chaînes pour simuler l’expérience d’un choc électrique qui fut exercé sur une troupe de 240 soldats dans la cours de Versailles au milieu du XVIIIème siècle. Et si le choc à proprement dit ne se fait pas ressentir le soir du spectacle, il ne fait pas de doute pourtant que les spectateurs sortent de la salle avec une petite étincelle dans les yeux…

 

Virginie Lachaise

L’Idéaliste magique Teatrino Clandestino Dramaturgie, décor, son : Pietro Babina Avec Pietro Babina, Manuel Marcuccio et Fiorenza Menni Au théâtre de la Cité Internationale.


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