|
"Guerre à la guerre !". La pièce de Karl Kraus, Les
derniers jours de l'humanité, pourrait-elle prendre
comme emblème cette maxime antimilitariste ? Dans cette
"revue comique", en effet, se succèdent sketches et
chansons : planqués et autres embusqués y vont de leur
petit couplet patriotique, l'empereur et ses généraux
jouent les fiers à bras alors que, là-bas, dans les
tranchées, on gèle, on souffre et, pour beaucoup, on
meurt. La grande force du spectacle de Jean Maisonnave
tient dans un dispositif scénique qui fait sienne la
construction même de la pièce. Un échafaudage métallique
de couleur cuivre patiné permet de jouer plusieurs scènes
simultanément et d'opérer ainsi un montage élaboré.
Ainsi, se superposent une scène parlée et une scène
muette. Sur ce promontoire, on chante une chanson patriotique
alors que dans la case du dessous, un poilu se frigorifie
dans la vermine ou que le mutin agonise.
Même effet
de balancier entre le grotesque (la lecture des journaux,
les prises de photos officielles des tranchées, les
rumeurs de l'arrière) et le poignant (lettres de soldats
décrivant le quotidien des poilus et la présence, si
proche, de la tranchée adverse que l'on échange avec
ennemi quelques mots, un verre, une cigarette…). Autant,
insiste Karl Kraus, de faits et d'anecdotes véridiques.
C'est un constat terrible mais, si on le lite dans le
détail, finalement résigné, que
Kraus tire de cette guerre qu'il a faite. Les derniers
jours de l'humanité se place dans une tradition
plus pacifiste qu'anti-militariste. C'est ainsi qu'est
mentionné le prix Goncourt attribué à Barbusse mais
que nulle part, il n'y a traces de la Révolution d'Octobre.
Bah, chacun voit midi à sa porte…
Julie
de Faramond
Réagissez à cette chronique sur le forum
de Flu.
---
|
|
Les derniers jours de l'humanité, de Karl Kraus,
mise en scène, Jean Maisonnave, avec Marc Allgeyer,
Dominique Brodin, Yannick Delcaux, Maria Gomez, Yannick
Lecointe, Jean-François Maenner, Jean-Luc Mathevet,
Valérie Moinet, Jean-Pierre Rouvelat et Sarah Veilhan.
Jusqu'au 16 décembre au Centre dramatique de la Courneuve,
01 48 36 11 44.
---
|