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En attendant Godot
De Samuel Beckett
Mise en scène de Gilles Bouillon


Il est un principe simple au théâtre : que celui qui ne veut pas jouer reste chez lui. C'est aussi simple que cela. Que l'acteur qui refuse de se laisser porter par l'humanité de son texte reste dans les coulisses. Non seulement il ennuie le public, il dessert l'auteur, mais il ruine sa réputation. Ceci est également valable pour le metteur en scène. Sur ce principe simple, l'accord tacite passé entre spectateurs, salles, metteurs en scène et acteurs gagnerait en sincérité et en crédibilité et permettrait à tous d'éviter de terribles déconvenues. Aux acteurs et aux metteurs en scène de se faire descendre pour leur absolu manque de générosité. Aux spectateurs, venus découvrir un chef d'œuvre, partager une expérience, éprouver une émotion exceptionnelle, de quitter la salle en se disant que et Beckett, et la littérature, et le théâtre, sont creux et stériles.

Il devrait être un autre principe simple au théâtre : que la pièce ratée ne bénéficie pas d'une surenchère de publicité. Car il faut le dire aussi simplement que cela : le Godot monté ici est non seulement une catastrophe de jeu mais également un contre-sens de mise en scène. A l'issue de la représentation, il ne fait en effet plus de doute pour aucun des spectateurs que le théâtre de Beckett est le plus empesé du monde.

Est-ce si difficile de monter et de jouer Beckett ? Beckett est-il à ce point balisé qu'il soit impossible de monter cette écriture sans se heurter de front à son héritage, à la tradition d'acteurs qui l'ont interprété, investi, servi toute sa vie durant ? Son théâtre nous échappe-t-il à ce point qu'on ne puisse plus guère l'appréhender aujourd'hui, sans sombrer dans un total ennui ?

Le texte est joué a minima, dans une indifférence à la pièce et au travail de la scène qui en dérobe tous les enjeux véritables. Les ressorts du burlesque et de l'absurde sont par exemple systématiquement étouffés. Le comique, un des constituants forts du texte, loin d'être investi comme la note d'intention du metteur en scène le laissait présager, est systématiquement délaissé au profit d'une austérité d'apparat : la mise en scène respecte à la lettre les indications de jeu, (décor épuré, effets de lumière minimaux, refus de tout accompagnement musical), comme l'entendait Beckett, mais dans une austérité sans motif qui en dérobe l'esprit. Nulle humanité, Nulle émotion, nulle hésitation, nulle intention, nulle interrogation : les comédiens semblent ne pas même comprendre l'attente qui se joue. Ils se cantonnent dans un registre tellement étroit que le texte même, pourtant formidablement construit, ne leur est plus d'aucun secours. Comme s'il était possible de faire passer un texte sans l'éprouver un minimum, de faire exister des personnages sans se confronter à eux… La représentation sombre alors dans un ennui profond dès les premières scènes, désamorçant tout rire, rendant inepte la provocation, aseptisant jusqu'à la trame formidablement prodigue de l'attente.

Est-ce si difficile de monter et de jouer Beckett après Gérard Blin, après Beckett lui-même, après Rufus, après Madeleine Renaud ? Presque cinquante ans ont passé depuis la création de la pièce et la latitude de jeu laissée par le texte est aujourd'hui absolue. Une liberté éclatante se dégage au sein même de son écriture, dégagée de tous les modèles et de toutes les interprétations. On en a fini des polémiques. Ne reste plus qu'une écriture dramatique, une veine simple et prodigue qui confinent à l'universel. Comme tous les classiques, il n'est plus alors qu'une obligation minimale concernant Beckett, en forme d'attention généreuse au texte, à l'humanité de cette parole simple et fondamentalement écrite pour être jouée. Encore faut-il le vouloir.... On se souvient d'une mise en scène de Philippe Adrien au théâtre de la Tempête et d'une remarquable interprétation, qui produisaient un Godot rééllement virtuose de rapidité et de vivacité, c'était ... en 1992. On peut également se reporter à la mise en scène de Luc Bondy, au théâtre de l'Odéon à l'automne 1999. Oui, il ne fait évidemment aucun doute... L'écriture de Beckett, jusque dans les didascalies et les indications méticuleuses de jeu, constitue un canevas miraculeux de tons, de langues, de registres et de gestes qui ne demandent qu'à être toujours réinventés.

Arnaud Jacob

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Lire la chronique de En attendant Godot mis en scène par Luc Bondy.

En attendant Godot
De Samuel Beckett
Mise en scène de Gilles Bouillon
Dramaturgie : Bernard Pico
Avec Pierre-Alain Chapuis (Vladimir), Xavier Guittet (Estragon), Léon Napias (Pozzo), Nicolas Devanne (Lucky) et un enfant.
Décor et costumes : Nathalie Holt.
Lumières : Nicolas Guellier.
Production Centre Dramatique Régional de Tours.
Direction Gilles Bouillon.
Théâtre Artistic Athévains
45, rue Richard Lenoir
75001 Paris
M° Voltaire
Résa : 01 43 56 38 32
Les mardi, vendredi et samedi à 20h30 ; mercredi, jeudi 19h00 ; samedi, dimanche à 16h00. Relâche le lundi
>Tarifs : 164 F ; TR 91F & 85F


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