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Il est un principe simple au théâtre : que celui qui
ne veut pas jouer reste chez lui. C'est aussi simple
que cela. Que l'acteur qui refuse de se laisser porter
par l'humanité de son texte reste dans les coulisses.
Non seulement il ennuie le public, il dessert l'auteur,
mais il ruine sa réputation. Ceci est également
valable pour le metteur en scène. Sur ce principe simple,
l'accord tacite passé entre spectateurs, salles, metteurs
en scène et acteurs gagnerait en sincérité et en crédibilité
et permettrait à tous d'éviter de terribles déconvenues.
Aux acteurs et aux metteurs en scène de se faire
descendre pour leur absolu manque de générosité. Aux
spectateurs, venus découvrir un chef d'œuvre, partager
une expérience, éprouver une émotion exceptionnelle,
de quitter la salle en se disant que et Beckett, et
la littérature, et le théâtre, sont creux et stériles.
Il devrait être un autre principe simple au théâtre
: que la pièce ratée ne bénéficie pas d'une surenchère
de publicité. Car il faut le dire aussi simplement que
cela : le Godot monté ici est non seulement une
catastrophe de jeu mais également un contre-sens de
mise en scène. A l'issue de la représentation, il ne
fait en effet plus de doute pour aucun des spectateurs
que le théâtre de Beckett est le plus empesé
du monde.
Est-ce si difficile de monter et de jouer Beckett ?
Beckett est-il à ce point balisé qu'il soit impossible
de monter cette écriture sans se heurter de front à
son héritage, à la tradition d'acteurs qui l'ont interprété,
investi, servi toute sa vie durant ? Son théâtre nous
échappe-t-il à ce point qu'on ne puisse plus guère l'appréhender
aujourd'hui, sans sombrer dans un total ennui ?
Le texte est joué a minima, dans une indifférence
à la pièce et au travail de la scène qui en dérobe tous
les enjeux véritables. Les ressorts du burlesque et
de l'absurde sont par exemple systématiquement étouffés.
Le comique, un des constituants forts du texte, loin
d'être investi comme la note d'intention du metteur
en scène le laissait présager, est systématiquement
délaissé au profit d'une austérité d'apparat : la mise
en scène respecte à la lettre les indications de jeu,
(décor épuré, effets de lumière minimaux, refus de tout
accompagnement musical), comme l'entendait Beckett,
mais dans une austérité sans motif qui en dérobe l'esprit.
Nulle humanité, Nulle émotion, nulle hésitation, nulle
intention, nulle interrogation : les comédiens semblent
ne pas même comprendre l'attente qui se joue. Ils se
cantonnent dans un registre tellement étroit que le
texte même, pourtant formidablement construit, ne leur
est plus d'aucun secours. Comme s'il était possible
de faire passer un texte sans l'éprouver un minimum,
de faire exister des personnages sans se confronter
à eux… La représentation sombre alors dans un ennui
profond dès les premières scènes, désamorçant tout rire,
rendant inepte la provocation, aseptisant jusqu'à la
trame formidablement prodigue de l'attente.
Est-ce si difficile de monter et de jouer Beckett après
Gérard Blin, après Beckett lui-même, après Rufus, après
Madeleine Renaud ? Presque cinquante ans ont passé depuis
la création de la pièce et la latitude de jeu laissée
par le texte est aujourd'hui absolue. Une liberté éclatante
se dégage au sein même de son écriture, dégagée de tous
les modèles et de toutes les interprétations. On en
a fini des polémiques. Ne reste plus qu'une écriture
dramatique, une veine simple et prodigue qui confinent
à l'universel. Comme tous les classiques, il n'est plus
alors qu'une obligation minimale concernant Beckett,
en forme d'attention généreuse au texte, à l'humanité
de cette parole simple et fondamentalement écrite pour
être jouée. Encore faut-il le vouloir.... On se souvient
d'une mise en scène de Philippe Adrien au théâtre
de la Tempête et d'une remarquable interprétation,
qui produisaient un Godot rééllement virtuose
de rapidité et de vivacité, c'était
... en 1992. On peut également se reporter à
la mise
en scène de Luc Bondy, au théâtre
de l'Odéon à l'automne 1999. Oui, il ne
fait évidemment aucun doute... L'écriture de
Beckett, jusque dans les didascalies et les indications
méticuleuses de jeu, constitue un canevas miraculeux
de tons, de langues, de registres et de gestes qui ne
demandent qu'à être toujours réinventés.
Arnaud
Jacob
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de Flu.
Lire la
chronique de En attendant Godot mis en scène
par Luc Bondy.
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En
attendant Godot
De Samuel Beckett
Mise en scène de Gilles Bouillon
Dramaturgie : Bernard Pico
Avec Pierre-Alain Chapuis (Vladimir), Xavier Guittet
(Estragon), Léon Napias (Pozzo), Nicolas Devanne (Lucky)
et un enfant.
Décor et costumes : Nathalie Holt.
Lumières : Nicolas Guellier.
Production Centre Dramatique Régional de Tours.
Direction Gilles Bouillon.
Théâtre Artistic Athévains
45, rue Richard Lenoir
75001 Paris
M° Voltaire
Résa : 01 43 56 38 32
Les mardi, vendredi et samedi à 20h30 ; mercredi, jeudi
19h00 ; samedi, dimanche à 16h00. Relâche le lundi
>Tarifs : 164 F ; TR 91F & 85F
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