|
En 1987, La Toppa, dirigée par Eduardo Jimenez s'impose
à Santiago du Chili dans un style qui rompt radicalement
avec une pratique théâtrale qui repose sur le corps
de l'acteur et la tradition orale. Avec Pinocchio
et Voyage au centre de la terre, La Troppa imagine
un univers à la fois onirique et cruellement réaliste
qui occupe le castelet comme l'espace d'un étrange jeu
d'enfants pour les adultes. Les objets sont tout-puissants
sur cette scène aux dimensions à la fois réduites et
démultipliées.
C'est en créant Gemelos, en 1999, que les membres
de la Troppa se font connaître immédiatement en Europe.
Le succès remporté par le spectacle au Festival d'Avignon
leur vaut de se lancer dans une tournée de deux ans
en France et à l'étranger. Récemment, ils se posaient
au théâtre Malakoff, à l'Odéon et au Théâtre des Gémeaux
à Sceaux, avant de convoler à Nantes.
Avec Gemelos, La Troppa détourne la forme traditionnelle
du conte pour la mettre au service du récit philosophico-historique
de la Hongroise Agota Kristof, Le Grand Cahier.
Durant la Seconde Guerre mondiale, quelque part en Europe
de l'Est, sans doute en Pologne, des jumeaux sont livrés
par leur mère à une horrible grand-mère, La Sorcière.
Acculés aux travaux les plus pénibles, à la crasse,
aux insultes, aux coups, aux remontrances injustes,
les deux frères décident comme un seul homme (sont-ils
d'ailleurs réellement plus d'un ?) de s'endurcir
pour ne plus éprouver de douleur. Les voilà qui s'astreignent
à toutes les tâches les plus pénibles, jeûnent, se battent,
avec à la bouche une seule doctrine : " Cela ne fait
pas mal ".
La recette fonctionne si bien que les jumeaux en viennent
à prendre en affection la hideuse et pisseuse grand-mère
elle-même, ainsi que Bec-de-Lièvre, une pauvresse qui
se livre au chien, au curé et qui convoite en prime
les deux frères. Peu à peu, ils se font également justiciers
et n'hésitent pas à tuer les partisans de la xénophobie,
comme la bonne du curé par exemple.
La Troppa invente un espace spéculaire et spectaculaire
où jouent tous les codes de la représentation : le jeu
mécanique de la marionnette, le cinéma, la photographie…
Bientôt, le castelet, conçu comme une maisonnette à
deux étages se transforme en boîte magique, trouée de
diaphragmes dont l'obturation et l'ouverture livrent
tour à tour des portraits mouvants ou des perspectives
lointaines. Les acteurs renouent avec la tradition de
la sur-marionnette de Gordon Craig. Leurs faces
en partie masquées, leurs gestes saccadés, stylisent
et exaltent simultanément la souffrance de la condition
des personnages qu'ils représentent. La violence, la
guerre, la solitude, tout cela jaillit sous nos yeux
avec la candeur et la cruauté de l'enfance.
Pourquoi ne pas le dire : Gemelos a la force
d'une parabole dont les échos ne finissent pas de résonner.
Les membres de La Troppa ne disaient-ils pas : " Ici
(au Chili), la société est devenue très dure. Ce type
(le général Pinochet) est à Londres, et nous n'avons
toujours pas eu notre procès de Nuremberg " ?
Virginie
Lachaise
|
|
Gemelos
Spectacle de marionnettes
pour adultes
Par la Compagnie La Troppa
Spectacle en espagnol surtitré
D'après le roman d'Agota Kristof, " Le Grand Cahier
"
Avec Laura Pizzaro, Jaime Lorca, Juan Carlos zagal
Scénographie, costumes, masques, objets, machinerie
: Eduardo Jimenez, Rodrigo bazaes et La Troppa
du
11 au 31 mai 2001 à l'Odéon Théâtre
de l'Europe
|