|
Depuis quelques temps, le vaudeville, ancêtre du boulevard
mais avec les lettres de noblesse qu'apportent certains
grands noms du genre, prend une place non négligeable
dans les programmes des théâtres subventionnés. Pour
le coup, il s'agit même de l'Odéon, où Georges Lavaudant,
qui avait déjà monté, il y a quelques années, Un
chapeau de paille d'Italie de Labiche, choisit une
des pièces les plus fameuses de celui dont le nom, selon
les historiens, est indissociable de l'apogée du vaudeville.
Feydeau, qui mena ainsi le genre à la perfection, perfection
dont ceux qui vinrent après lui, à l'exception notable
de Guitry, ne firent que s'éloigner.
Voilà qui est bien. Mais, reste encore à nous demander
dans quelle mesure, un genre, à ce point associé à une
société donnée - la bourgeoisie triomphante de la Belle
Epoque, Boulanger et le scandale de Panama - peut avoir
prise sur nos contemporains. La cocasserie des situations,
à laquelle on est plus ou moins réceptif, fait, évidemment,
beaucoup rire. Lavaudant a choisi d'inscrire l'intrigue
dans une époque qui, au vu des costumes, peut aller
de l'après-guerre à nos jours. Seul, le personnage de
Bouzin, Philippe Morier-Genoud, remarquable, comme toujours,
en chapeau haut-de-forme, semble un contemporain de
Feydeau perdu dans une autre époque, ce qui donne une
dimension busterkeatonesque à son ahurissement permanent
face aux persécutions dont il est l'objet.
Autant Labiche a fait l'objet d'interprétations subversives
qui inscrivaient la farce dans une dialectique marxisante,
autant Feydeau demeure encore un simple auteur de divertissement.
Nous ne sommes plus dans les années 70, et l'on voit
mal Lavaudant, aujourd'hui, se lancer dans une relecture
critique du vaudeville. Ceux qui apprécient la verve
délirante de Feydeau passeront deux heures à rire, certes,
mais ils peuvent tout aussi bien retourner voir L'Impossible
Monsieur Bébé au bout de la rue des Ecoles, ils
seront mieux assis et ils auront Cary Grant en prime.
Julie
de Faramond
|