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Le Chant d'Essylt
(dernières nouvelles
de Tristan et Iseut)

du 7 octobre au 2 novembre
au Théâtre de la Cité Internationale

Le spectacle n'a pas encore débuté.
Mais, sur la surface translucide d'une toile de plastique, trois femmes, en tenue d'ouvriers, armées de gros pinceaux de peintres en bâtiment, écrivent les premiers mots de la plus incroyable fresque courtoise de tous
les temps : Tristan et Iseut.

Quelque temps après, on efface les lettres à coup de rouleaux tapissiers : voilà l'écran devenu vierge et opaque. Cette toile, on le pressent, c'est la Page : celle sur laquelle l'histoire des amants de Cornouailles inscrit les premiers traits de la fiction littéraire, de l'archétype du roman.

Alors, la lumière s'éteint et soudain, le spectateur cesse toute réflexion : il est embarqué. La toile est devenue voile, les flots battent la coque et Tristan est tout prêt d'échouer en terre de Tintagel, auprès d'Iseut aux cheveux d'or.
Sur la surface blanche et supportant la vie, les silhouettes de Tristan et d'Iseut se découpent. Vibrants, superbes comme des fétiches africains, leurs corps semblent se convoiter déjà, illuminés en arrière-plan par le trouble de la passion et la hantise de la transgression. C'est en effet, de l'obscurité même du désir que paraissent être constituées ces magnifiques marionnettes du théâtre d'ombre de la Compagnie Amoros. La stylisation liée à la délicatesse des contours rappelle les dessins primitifs qui inspirèrent les surréalistes.

Avec Le Chant d'Essylt, Luc Amoros et Michèle Augustin signent une fois encore une œuvre à la beauté échevelée, associant formes et thèmes archaïques aux supports les plus modernes qui soient, comme ces deux caméra-vidéo, maniées à vue durant la représentation. Elles permettent des incrustations d'images en direct, sur l'écran, y imprimant les faces vivantes des conteuses qui s'en emparent à l'instant même où la narration prend effet dans le théâtre d'ombre.

Véritables tableaux animés, rappelant les toiles de Picasso, les scènes inspirées du roman courtois visent à exalter, par leur caractère à la fois épuré et très sensuel, les pouvoirs subversifs de l'amour dans une société prise dans les codes sociaux et des doctrines religieuses. Iseut en particulier, incarne cette femme magicienne, cette charmeuse, dont le chant libère et envoûte à la fois, révélant en l'homme la profondeur de son désir.

Le chant d'Essylt, c'est en effet un chant de séduction et de mort, un chant du salut pour l'homme à tous les sens du terme. Reflets, images dédoublées, redoublées, en perspective... tout contribue dans ce spectacle à la dilatation de l'imagination et à la libération du plaisir.

Virginie Lachaise

 

Mise en scène, scénographie, adaptation : Luc Amoros, compagnie Amoros et Augustin
Avec : Michèle Augustin, Carole Breyer, Katy Deville
Musique : Richard Harmelle
Son : Michel Haehnel
Lumière, vidéo : Erik Mennesson


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