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Depuis sa réouverture après travaux, il y a trois ans,
le théâtre de l'Athénée semble être dans l'impasse :
les servitudes d'une salle à l'italienne, l'atmosphère
du quartier, la composition du public, le poids d'un
trop glorieux passé, cela fait beaucoup de contraintes
pour une programmation condamnée chaque année à la même
gageure : "allier tradition et modernité" c'est-à-dire,
plus prosaïquement, faire du neuf avec du vieux.
A côté de
vraies réussites (notamment la saison dernière "Les
Bonnes" dans la mise en scène d'Alfredo Arias ou
le spectacle de Philippe Caubère) et de compagnonnages
plus ou moins heureux (le Footsbarn Travelling Theatre
ou Daniel Mesguich), cela a donné lieu à pas mal de
projets aussi ambitieux que bizarroïdes (Joël Jouanneau
réécrivant "Coriolan" de Shakespeare, Jean-Marie
Villégier situant "Le Tartuffe" sous l'occupation,
Nelly Borgeaud exhumant le théâtre de Maupassant).
Pour la
saison 2001-2002, L'Athénée a inventé un curieux concept :
la saison-remake. Pour saluer le cinquantième anniversaire
de la disparition de Louis Jouvet, Patrice Martinet
a en effet constitué sa programmation autour de pièces
qui ont marqué la carrière du maître et les treize années
qu'il a passées à diriger l'Athénée.
Premier
acte de cette aventure, il a ainsi commandé à Jacques
Lassalle une mise en scène de L'Ecole des Femmes de
Molière, qui reprenne les décors et les costumes originaux
de Christian Bérard. Ces décors et ces costumes (recréés
et réinterprétés par Géraldine Ailler et Renato Bianchi),
on ne voit d'ailleurs que cela au lever du rideau :
ces praticables, cette machinerie avec ses changements
à vue, les petits choux du jardin, tout cela a quelque
chose de terriblement anachronique. A vrai dire, on
a l'impression de feuilleter son "petit classique" et
de tomber sur l'une de ces déprimantes photos en noir
et blanc, scrupuleusement légendées : "L'ECOLE DES FEMMES
À L'ATHÉNÉE (1936) - Agnès (Madeleine Ozeray) et Arnolphe
(Louis Jouvet)"
Non pas
que l'on puisse reprocher grand-chose à Jacques Lassalle :
sa mise en scène est fluide, on entend bien le texte,
et l'interprétation est irréprochable (citons évidemment
Olivier Perrier/Arnolphe et Caroline Piette/Agnès).
Mais il est difficile de se montrer plus enthousiaste :
la référence à Jouvet semble avoir anesthésié le metteur
en scène et le jeu de miroirs entre passé et présent
annihilé toute idée nouvelle. Ce qui donne à l'arrivée
un spectacle à l'encéphalogramme désespérément plat.
Dans sa
note d'intention, Jacques Lassalle se défie de la tentation
de la reconstitution, et prend comme repoussoir les
représentations de tragédies grecques à Delphes ou de
drames élisabéthains au Globe à Londres. Mais tout ce
qui fait l'intérêt de ces reconstitutions c'est justement
leur étrangeté, leur altérité : c'est précisément
que l'on ne joue plus comme ça aujourd'hui. Or ici rien
ne semble plus familier, plus commun que cette façon
de penser et d'interpréter Molière : on a baigné dedans
toute notre scolarité. Ce spectacle est en tout point
conforme à l'idée que l'on se fait d'une mise en scène
de "L'Ecole des Femmes", il nous donne le
cliché Molière plutôt que Molière lui-même. Comme si
en 2001, jouer Molière via Jouvet tenait encore et tout
simplement du pléonasme.
Loin de
nous l'idée d'accabler ce spectacle, qui constitue après
tout une excellente manière de découvrir la pièce pour
ceux qui ne la connaissent pas, et dont l'échec même
offre une belle réflexion sur l'art de la mise en scène.
On attend toutefois la suite de la saison de l'Athénée
avec appréhension : si Molière par Jouvet tient du pléonasme,
que dire de "La Machine infernale" ou de "Knock" ?
Vital
Philippot
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