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A l'Athénée Théâtre Louis Jouvet, jusqu'au 10 novembre 2001
Photo : Ramon Sénéra

L'Ecole des femmes
De Molière
Mise en scène de Jacques Lassalle


Depuis sa réouverture après travaux, il y a trois ans, le théâtre de l'Athénée semble être dans l'impasse : les servitudes d'une salle à l'italienne, l'atmosphère du quartier, la composition du public, le poids d'un trop glorieux passé, cela fait beaucoup de contraintes pour une programmation condamnée chaque année à la même gageure : "allier tradition et modernité" c'est-à-dire, plus prosaïquement, faire du neuf avec du vieux.

A côté de vraies réussites (notamment la saison dernière "Les Bonnes" dans la mise en scène d'Alfredo Arias ou le spectacle de Philippe Caubère) et de compagnonnages plus ou moins heureux (le Footsbarn Travelling Theatre ou Daniel Mesguich), cela a donné lieu à pas mal de projets aussi ambitieux que bizarroïdes (Joël Jouanneau réécrivant "Coriolan" de Shakespeare, Jean-Marie Villégier situant "Le Tartuffe" sous l'occupation, Nelly Borgeaud exhumant le théâtre de Maupassant).

Pour la saison 2001-2002, L'Athénée a inventé un curieux concept : la saison-remake. Pour saluer le cinquantième anniversaire de la disparition de Louis Jouvet, Patrice Martinet a en effet constitué sa programmation autour de pièces qui ont marqué la carrière du maître et les treize années qu'il a passées à diriger l'Athénée.

Premier acte de cette aventure, il a ainsi commandé à Jacques Lassalle une mise en scène de L'Ecole des Femmes de Molière, qui reprenne les décors et les costumes originaux de Christian Bérard. Ces décors et ces costumes (recréés et réinterprétés par Géraldine Ailler et Renato Bianchi), on ne voit d'ailleurs que cela au lever du rideau : ces praticables, cette machinerie avec ses changements à vue, les petits choux du jardin, tout cela a quelque chose de terriblement anachronique. A vrai dire, on a l'impression de feuilleter son "petit classique" et de tomber sur l'une de ces déprimantes photos en noir et blanc, scrupuleusement légendées : "L'ECOLE DES FEMMES À L'ATHÉNÉE (1936) - Agnès (Madeleine Ozeray) et Arnolphe (Louis Jouvet)"

Non pas que l'on puisse reprocher grand-chose à Jacques Lassalle : sa mise en scène est fluide, on entend bien le texte, et l'interprétation est irréprochable (citons évidemment Olivier Perrier/Arnolphe et Caroline Piette/Agnès). Mais il est difficile de se montrer plus enthousiaste : la référence à Jouvet semble avoir anesthésié le metteur en scène et le jeu de miroirs entre passé et présent annihilé toute idée nouvelle. Ce qui donne à l'arrivée un spectacle à l'encéphalogramme désespérément plat.

Dans sa note d'intention, Jacques Lassalle se défie de la tentation de la reconstitution, et prend comme repoussoir les représentations de tragédies grecques à Delphes ou de drames élisabéthains au Globe à Londres. Mais tout ce qui fait l'intérêt de ces reconstitutions c'est justement leur étrangeté, leur altérité : c'est précisément que l'on ne joue plus comme ça aujourd'hui. Or ici rien ne semble plus familier, plus commun que cette façon de penser et d'interpréter Molière : on a baigné dedans toute notre scolarité. Ce spectacle est en tout point conforme à l'idée que l'on se fait d'une mise en scène de "L'Ecole des Femmes", il nous donne le cliché Molière plutôt que Molière lui-même. Comme si en 2001, jouer Molière via Jouvet tenait encore et tout simplement du pléonasme.

Loin de nous l'idée d'accabler ce spectacle, qui constitue après tout une excellente manière de découvrir la pièce pour ceux qui ne la connaissent pas, et dont l'échec même offre une belle réflexion sur l'art de la mise en scène. On attend toutefois la suite de la saison de l'Athénée avec appréhension : si Molière par Jouvet tient du pléonasme, que dire de "La Machine infernale" ou de "Knock" ?

Vital Philippot

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L'Ecole des femmes

De Molière
Mise en scène de Jacques Lassalle
Avec Olivier Perrier (Arnolphe), Caroline Piette (Agnès), Pascal Rénéric (Horace), Cécile Bouillot (Georgette), Vincent Garanger (Alain), Eric Hamm, Bernard Spiegel et François Macherey.
A l'Athénée Théâtre Louis Jouvet, jusqu'au 10 novembre 2001, du mercredi au samedi à 20 h, le dimanche à 16 h et le mardi à 19 h. Location : 01 53 05 19 19
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