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Théâtre du Soleil
Tambours
sur la digue
d'Hélène Cixous
mise en scène d'Ariane Mnouchkine


La nouvelle machine du duo Cixous-Mnouchkine est un spectacle total, une pure merveille dans la mesure où tous les sens du spectateur sont convoqués par une telle débauche de réussites scéniques.

Passons d'abord sur le texte de Cixous qui n'est pas ce qu'on préfèrera, parce que trop souvent empêtré dans un style pseudo naïf et niaisement descriptif. Mais ce n'est qu'une facette du spectacle total, les deux autres sont beaucoup plus convaincantes, qu'il s'agisse de la musique et de l'incroyable poly-instrumentiste Jean-Jacques Lemêtre qui rythme en direct et sans discontinuité le parcours tragique de la pièce, ou qu'il s'agisse de la mise en scène de Mnouchkine, proprement révolutionnaire. En effet, celle-ci est fondée sur une adaptation rafraîchissant de la distanciation brechtienne : chaque personnage devient une marionnette, accompagnée systématiquement par son maître, vêtu de noir, qui dirige chacun de ses mouvements. Chaque personnage est donc toujours double, suivi par son ombre. L'immense  plateau est à la limite de la saturation et l'effet est grandiose de virtuosité.

L'histoire, elle, relève sans hésitation du registre tragique, et plus précisément du tragique politique : dans la Chine du précédent millénaire éclate dans les états prospères du seigneur Khang la menace d'une inondation extraordinaire. La sombre nouvelle se répand et gagne aussi bien la paysannerie que les faubourgs et la cour princière. Les digues ne peuvent épargner qu'une partie de la population (la ville ou la campagne), dès lors le choix devient cruel et tragique. On se souvient que l'origine du spectacle relève de la réalité, de l'été 1994, où le gouvernement chinois confronté à une telle situation sacrifia délibérément ses campagnes et ses centaines de milliers d'habitants.

Le spectacle total de Mnouchkine baigne donc dans cette atmosphère tragique et brechtienne, où derrière la virtuosité des décors et du dispositif scénique, une émotion poignante gagne progressivement et irréversiblement, au fur et à mesure que les digues cèdent, le spectateur, littéralement submergé.

G.H.

Tambours sur la digue
(sous forme de pièce ancienne pur marionnettes jouée par des acteurs) de Hélène Cixous, mise en scène d'Ariane Mnouchkine, musique de J-J. Lemêtre.
Le mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 19h30 et le dimanche à 13h au Théâtre du Soleil, à Vincennes.
Individuels: 150f, tarif réduit: 90f. Location: 01 43 74 24 08.


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