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du 14 novembre au 10 décembre 2000 au Théâtre des Amandiers

Cymbeline
de William Shakespeare
Mise en scène de Philippe Calvario


Jalousie, désobéissance paternelle, trahisons sordides, enlèvement d'enfants, épopée amoureuse, voilà les thèmes de Cymbeline, petit bijou oublié du dramaturge anglais que revisite Philippe Calvario au théâtre des Amandiers.

Dès le lever de rideau, on est surpris par une atmosphère post-apocalyptique et secoué par une musique et des voix aux intonations métalliques. Philippe Calvario a accouché d'un univers chaotique et violent plongé dans une sorte de clair-obscur, un univers grouillant d'ombres malfaisantes, un peu comme le tableau d'Ingres, Le Songe d'Ossian. Loin de tout académisme, ce qui ne peut que nous ravir, l'ancien assistant de Patrice Chéreau sur Henri VI et Richard III, s'est véritablement passionné pour cette pièce qui méritait mieux que d'être vouée à l'oubli. Elle préfigure en effet aussi bien Othello pour sa noirceur que Roméo et Juliette pour ses vertiges sentimentaux, et on s'étonne que cette pièce n'ait pas encore conquis ses lettres de noblesse.
Sur une tapisserie futuriste en un temps mythique, les personnages s'agitent, se déhanchent, tandis que les mots d'esprit tranchent l'air comme autant de poignards aiguisés. La frivolité égaie l'oreille, la farce anime les zygomatiques et le tragique emballe le tout sans pathos.

Ce n'est pas une pièce de tout repos : nous sommes ballottés sans relâche d'épisodes tragiques en prémonitions et complots démoniaques, jusqu'à ces brutales décompressions pendant lesquelles s'échappent de toutes parts persiflages et franche rigolade. Parce qu'on rit énormément dans Cymbeline. C'est un acquis et un atout. Avec habileté, Calvario a su moduler le tragique autour des formules qui jalonnent le texte, donnant ainsi à la pièce des résonances ubuesques. On est sensible à la débauche d'énergie des comédiens, à l'approche décalée de l'œuvre et surtout au mélange risqué, mais réussi, de l'opérette, de la comédie musicale et du carnaval. Cymbeline prend donc une tournure inattendue qui n'est pas pour nous déplaire. Mais de ces accès de délire cocasses et de ces cabrioles cabotines, certains diront que cela est ni plus ni moins que du mauvais goût. Mais le côté "kitsch" de la mise en scène n'a rien de gênant; il rehausse, par son contraste, la gravité du destin machiavélique qui s'abat sur la princesse et son amant.

Cymbeline peut être lu au miroir de notre époque comme un conte férocement moderne. Les tourments des anciens ne sont pas si éloignés des nôtres : une époque sans compassion, des amours fragiles, le poids de la condition sociale. Calvario a été attentif à cette violence abrupte et en fait très bon usage. Avec son Deus ex Machina classique, l'allégorie se termine à la manière d'un conte de fée. Les masques tombent, les retrouvailles réconcilient les ennemis. Bien que l'interprétation de cette jeune troupe soit très inégale. On peut parier que Cymbeline tiendra solidement l'affiche.

Anthony Dufraisse

Lire aussi la critique de Et maintenant le silence ?, la précédente mise en scène de Philippe Calvario au théâtre de la Bastille.

Cymbeline
Festival d'automne à Paris
du 14 novembre au 10 décembre 2000
M
ise en scène Philippe Calvario
Théâtre de Nanterre-Amandiers
01 46 14 70 00

 

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