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Théâtre Antoine-Vitez
Le Cercle de craie caucasien
de Bertolt Brecht

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Ludovic Lagarde a choisi de monter Le Cercle de Craie caucasien d’une manière qui risque d’effaroucher les tenants du brechtisme traditionnel. Oeuvre dite de la maturité, dans laquelle Brecht s’est inspiré d’une légende chinoise dont le dénouement est comparable au jugement de Salomon et dont l’action se situe dans un lieu et une époque mal définis, cette pièce a souvent été considérée comme une des moins politiques de Brecht. C’est pourquoi, elle a souvent donné lieu a des mises en scène hautes en couleur qui, dans une vision folkloriste béate, négligeaient d’en examiner les contradictions.

Pourtant, la pièce commence par une question posée au public à travers l’affrontement de deux kolkhozes qui se disputent la gestion d’une même terre. D’une part ceux qui y sont nés et qui aspirent à y revenir perpétuer une agriculture traditionnelle, de l’autre, les modernistes, qui dans une terre qu’ils ont défendue des assauts de l’armée hitlérienne, ont conçu un vaste plan d’irrigation. La question se trouve résolue dans ce cas particulier grâce à une mutuelle compréhension et une forte dose de persuasion de la part de l’agronome du kolkhoze moderniste. Dans l’absolu, la question n’est pas résolue pour autant, c’est pourquoi les protagonistes de ce prologue vont jouer une pièce dont le sujet n’est pas étranger, selon un des personnages, à la question qu’ils se sont posée. Ce n’est donc pas une illustration du problème posé ni un argument en faveur de l’une ou l’autre des parties mais une mise en perspective.

Certes, ce prologue fleure bon l’époque de la construction triomphale du « socialisme » en RDA. Que fait alors Ludovic Lagarde ? Au lieu de mettre en scène l’histoire de la fille de cuisine qui recueille le fils du gouverneur, comme elle existait en soi en oubliant le prologue sitôt joué, il construit un spectacle comme on imaginerait la mise en scène de ces « pièces didactiques » que Brecht écrivait au début des années trente pour former les militants communistes à la dialectique.

Ainsi le plateau ne supporte que les sept comédiens et « quelques séries d'objets figurant les restes d’un village du Caucase dévasté par les combats contre les nazis » comme l’explique Ludovic Lagarde dans le dossier du spectacle. Ces objets sont utilisés dans leur fonction propre (les chaises servent à s’asseoir) ou figurée (elles servent aussi à représenter un changement de scène et de lieu quand les acteurs, seuls ou en chœur les brandissent au-dessus de leur tête.) Le tout est joué dans une grande économie de moyens et de jeu. Les comédiens qui se partagent les quarante rôles de la pièce contrefont leurs voix et utilisent ingénieusement les quelques pièces de leur costume pour figurer une armure, une robe de juge, un linceul ou un voile de mariée. Cette remarquable économie de moyen renvoie à ce que Ludovic Lagarde a tenté : considérer la scène « comme lieu même de l’expérience, de l’essai, de l’esquisse.» Ce qui est expérimenté, ici, c’est une nouvelle lecture de Brecht à laquelle nous avons trop souvent appelé pour ne pas saluer cette tentative plutôt heureuse.

Julie de Faramond

Ludovic Lagarde : l'interview

Le Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht, musique de Paul Dessau, traduit par François Rey et Violaine Schwartz, mis en scène par Ludovic Lagarde, avec Pierre Baux, Eric Challier, Juliette Failevic, Christiphe Micoli, Laurent Poitrenaux, Mireille Roussel et Violaine Schwarz. Jusqu‘au 14 mai au Théâtre des Quartiers d’Ivry, le 23, 24 et 25 mai au Nouveau Théâtre d’Anger, le 30 mai et 4 juin à la Manufacture de Nancy, le 6 et 7 juin à l’Atelier du Rhin de Colmar.


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