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Couvre-feu
Mis en scène par Bernard Sobel au Théâtre de Gennevilliers

Tous aux abris !
On demeure toujours médusés et perplexes devant de telles performances : à qui profite le crime ? A un éventuel spectateur intellectuel désabusé, nombriliste en bout de course qui viendrait quêter au théâtre sa dernière égratignure ? Couvre-feu de Roney Brett nous laisse pantois. Au début, on pense être très fatigué, ce qui pourrait expliquer pourquoi on ne comprend rien au texte. Alors, avec un peu de bonne volonté, on se concentre jusqu’à s’en donner mal à la tête. Mais, non, décidément…
Couvre-feu se répand en une logorrhée délirante et pseudo-intellectuelle, favorisant l’hermétisme pour l’hermétisme, mais n’ayant en fin de compte rien ou presque à cacher. Bien sûr on y retrouve les ingrédients d’usage : l’échec amoureux, un conflit avec la mère, un éventuel abandon du père suivi d’un rejet et d’une quête…mais, là encore, rien n’est moins sûr.

Pourtant, le dispositif scénique, extrêmement intellectualisé, "symbolique" est très beau. L’espace, élargi au maximum livre un entrelac de rails pris dans des raies de lumière crépusculaire. De temps à autre, dans les moments cruciaux qu’on devine de tension intérieure, une déferlante stylisée sous la forme d’un voile lèche le fond de la scène et disparaît aussitôt. Quand à la mise en scène de Bernard Sobel, elle tente le tout pour le tout pour extraire de ce flux de paroles un peu de sens. Au côtés de la comédienne qui seule, supporte le poids du texte, il inscrit un deuxième personnage presque immobile durant toute la représentation. C’est une femme qui, au ralenti et en ligne droite parcourt un rail dans sa longueur, marquant ainsi comme une clepsydre humaine, la durée de la pièce. Cette double figure de l’être, de dos, représente peut-être la petite fille que jadis la femme a été. Avec sa longue natte, elle est sans doute encore cette enfant qui la hante et la taraude à l’âge adulte, celle a qui jadis, on fit porter un corset.
On voit bien, au fond, où Roney Brett voudrait en venir : mais l’élan qui anime son écriture cache à peine la carence de la parole. Les phrases s’entrelardent à l’infini dans une sorte d’écriture automatique dont on sort éreinté. Mal à l’aise aussi, on l’est face à un spectacle qui semble siffler aux oreilles du spectateur son petit esprit borné. Lui, ce spectateur qui ne saisit pas l’étonnante profondeur de phrases sybillines telles : "Ce n’est pas mon oreille qui entend, c’est moi qui émet l’immense mystère de l’étendue". C’est beau !

Le spectacle est pénible, et pourtant, l’interprétation n’y est pour rien. Anne Alvaro fait son possible pour animer cette créature dont on ne sait rien, que l’on ne comprend pas, si ce n’est qu'elle est fatiguée et fatiguante. L’ensemble d’effets dramatiques et scéniques exécutés dans Couvre-feu ne parvient pas à élever ce monologue au rang de ses précursseurs.
N’est pas Koltès ou Beckett qui veut.

Virginie Lachaise


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