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jusqu'au 15 décembre au Théâtre de la Commune

Le Cochon noir
Mise en scène
de Roger Planchon

Avec ses trente ans à la tête du TNP de Villeurbanne et plus de cinquante ans de bons et loyaux services consacrés à la création dramatique, Roger Planchon est dores et déjà une figure historique du théâtre. On sait qu'il co-dirigea la " maison " lyonnaise en compagnie de Lavaudant et Vilar. On sait encore qu'il voua son énergie d'homme de théâtre à la décentralisation et qu'il fut un temps encensé par la critique brechtienne qui sévissait alors dans la revue Théâtre Populaire, avant d'être accusé de s'adonner à une veine trop personnelle, trop lyrique.

Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, Roger Planchon fait partie des indéboulonnables, et son évincement de la direction du TNP prévu pour juin 2001 ne fait rien à l'affaire. On attend toujours un de ses spectacles avec émotion. On attend sa leçon.

En tournée à travers la France, Le cochon noir, son dernier spectacle, est venu se poser sur les planches du théâtre de La Colline. Ecrit par le maître en personne, cette œuvre déjà plusieurs fois montée, obtint le prix Ibsen en 1973. On y parle de combats sanglants à l'époque des Communards, de superstitions au fin fond des campagnes, d'incestes et de meurtres sous le coup de la frustration du désir. Comme toujours, le théâtre de Planchon se décline sur le mode de la prolifération des thèmes et des problèmes, optant pour l'enchevêtrement des images et la rapidité des déplacements. La tentation d'entraîner un souffle épique reposant sur le canevas simple et cruel de la fable populaire est évident. La misère, elle, est sensée opérer comme le ressort de la fatalité.

Pourtant, on ne peut retenir sa déception face à un spectacle dont l'effet est sans rapport avec les moyens déployés. Pourquoi ne pas le dire, Le cochon noir s'enfonce délibérément dans la fable laborieusement illustrative des mœurs et des mentalités paysannes de la fin du XIXème siècle sans parvenir à rendre au terme " didactique " son sens noble. Certes, on entend chez ces petites gens quelques échos lointains de l'oeuvre de Maupassant et même des accents à la Bernanos (on pense surtout à Mouchette). Mais l'ensemble ne parvient pas à décoller, - malgré les jeux de voilages qui tombent du haut du plateau !,- comme empêtré dans un machine trop lourde et sans génie.

Pourtant, Planchon a un certain talent pour poser là un caractère. Il y a d'abord Gédéon, de l'ancienne garde napoléonienne, ce père incestueux, violeur et assassin qui n'aura d'autre recours que la fuite en compagnie d'une veuve plutôt délurée qui ne peut se passer de mâle. C'est lors d'une de ses fameuses nuits de vagabondage qu'il rêve de sa paternité : le voilà affublé d'un étrange marmot, un cochon noir. Il n'est pas nécessaire de signaler la métaphore…On apprécie aussi la figure du curé de campagne agonisant sous les affres de la tuberculose, aux prises avec ses démons, luttant contre l'ignorance et la bêtise de ses ouailles égayées par un sorcier mégalomane. La rivalité des deux hommes, la part de Dieu et celle du Diable, qui se partagent les attentions d'une communauté crédule donnent lieu à de très belles scènes de pugilat ou d'exorcisme.

Mais pourquoi alors reste-t-on froid devant une telle débauche de souffrances et de crimes ? N'est-ce pas parce que tout est là, exposé, compréhensible ? Finalement, nous désirons notre part d'ombre et étouffons de voir affublé chaque signe de son poids d'interprétation.

Virginie Lachaise

Le cochon noir
De Roger Planchon
Décor et costumes : Luciano Damiani
Réalisation des costumes : Sibylla Ulsammer
Lumière : André Diot
Musique : Jean-Pierre Fouquey Son : Stéphane Planchon
Avec : Thomas Cousseau, Colette Dompietri, Emmanuel Galliot, Vanessa Guedj, Anne Guégan, Yveline Hamon, Sébastien Lebouc, Clara Pirali, Roger Planchon, Roger Souza, Elisabeth Vitali
site internet la colline
Résa : 01.44.62.52.52

Du 17 novembre au 15 décembre

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