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Avec
ses trente ans à la tête du TNP de Villeurbanne et plus
de cinquante ans de bons et loyaux services consacrés
à la création dramatique, Roger Planchon est dores et
déjà une figure historique du théâtre. On sait qu'il
co-dirigea la " maison " lyonnaise en compagnie de Lavaudant
et Vilar. On sait encore qu'il voua son énergie d'homme
de théâtre à la décentralisation et qu'il fut un temps
encensé par la critique brechtienne qui sévissait alors
dans la revue Théâtre Populaire, avant d'être accusé
de s'adonner à une veine trop personnelle, trop lyrique.
Quoi
qu'il en soit, aujourd'hui, Roger Planchon fait partie
des indéboulonnables, et son évincement de la direction
du TNP prévu pour juin 2001 ne fait rien à l'affaire.
On attend toujours un de ses spectacles avec émotion.
On attend sa leçon.
En
tournée à travers la France, Le cochon noir, son dernier
spectacle, est venu se poser sur les planches du théâtre
de La Colline. Ecrit par le maître en personne, cette
œuvre déjà plusieurs fois montée, obtint le prix Ibsen
en 1973. On y parle de combats sanglants à l'époque
des Communards, de superstitions au fin fond des campagnes,
d'incestes et de meurtres sous le coup de la frustration
du désir. Comme toujours, le théâtre de Planchon se
décline sur le mode de la prolifération des thèmes et
des problèmes, optant pour l'enchevêtrement des images
et la rapidité des déplacements. La tentation d'entraîner
un souffle épique reposant sur le canevas simple et
cruel de la fable populaire est évident. La misère,
elle, est sensée opérer comme le ressort de la fatalité.
Pourtant,
on ne peut retenir sa déception face à un spectacle
dont l'effet est sans rapport avec les moyens déployés.
Pourquoi ne pas le dire, Le cochon noir s'enfonce délibérément
dans la fable laborieusement illustrative des mœurs
et des mentalités paysannes de la fin du XIXème siècle
sans parvenir à rendre au terme " didactique " son sens
noble. Certes, on entend chez ces petites gens quelques
échos lointains de l'oeuvre de Maupassant et même des
accents à la Bernanos (on pense surtout à Mouchette).
Mais l'ensemble ne parvient pas à décoller, - malgré
les jeux de voilages qui tombent du haut du plateau
!,- comme empêtré dans un machine trop lourde et sans
génie.
Pourtant,
Planchon a un certain talent pour poser là un caractère.
Il y a d'abord Gédéon, de l'ancienne garde napoléonienne,
ce père incestueux, violeur et assassin qui n'aura d'autre
recours que la fuite en compagnie d'une veuve plutôt
délurée qui ne peut se passer de mâle. C'est lors d'une
de ses fameuses nuits de vagabondage qu'il rêve de sa
paternité : le voilà affublé d'un étrange marmot, un
cochon noir. Il n'est pas nécessaire de signaler la
métaphore…On apprécie aussi la figure du curé de campagne
agonisant sous les affres de la tuberculose, aux prises
avec ses démons, luttant contre l'ignorance et la bêtise
de ses ouailles égayées par un sorcier mégalomane. La
rivalité des deux hommes, la part de Dieu et celle du
Diable, qui se partagent les attentions d'une communauté
crédule donnent lieu à de très belles scènes de pugilat
ou d'exorcisme.
Mais
pourquoi alors reste-t-on froid devant une telle débauche
de souffrances et de crimes ? N'est-ce pas parce que
tout est là, exposé, compréhensible ? Finalement, nous
désirons notre part d'ombre et étouffons de voir affublé
chaque signe de son poids d'interprétation.
Virginie
Lachaise
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Le
cochon noir
De Roger Planchon
Décor et costumes : Luciano Damiani
Réalisation des costumes : Sibylla Ulsammer
Lumière : André Diot
Musique : Jean-Pierre Fouquey Son : Stéphane Planchon
Avec : Thomas Cousseau, Colette Dompietri, Emmanuel
Galliot, Vanessa Guedj, Anne Guégan, Yveline Hamon,
Sébastien Lebouc, Clara Pirali, Roger Planchon, Roger
Souza, Elisabeth Vitali
site internet la colline
Résa : 01.44.62.52.52
Du
17 novembre au 15 décembre
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